J’ai lu… « Addict », de Jeanne Ryan (un roman qui n’est malheureusement pas à la hauteur de son titre)

 

Hello mes petits addict !

 

Si vous me lisez régulièrement, vous savez déjà que j’ai développé une véritable passion pour les romans young adult au fil de mes lectures. Ces dernières années, plusieurs maisons d’édition se sont positionnées pour mon plus grand bonheur sur ce public (acheteur) et sur ce genre (vendeur). Étant d’un naturel plutôt exigeant (mais c’est une qualité, n’est ce pas ? ;)), je suis forcée de constater que si tout n’est pas d’une qualité mirobolante dans la production (hé non, il ne suffit pas d’une romance à six francs six sous et d’un soupçon de fantastique pour que le succès soit au rendez-vous…), certains titres parviennent tout de même à tirer leur épingle du jeu d’une manière non négligeable à l’instar de Hate List dont je vous ai déjà parlé ici et que je vous recommande vraiment (vraiment, vraiment) chaudement. Je viens de mon côté de refermer Addict, un roman dont j’avais longuement entendu parler et dont j’attendais beaucoup, comme pour toutes mes lectures d’ailleurs (#lectricerelou). Bien que mon avis se révèle en bout de course assez mitigé, je ne pouvais que le partager avec vous quand même ! 

 

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« Addict »… Se plonger dans l’histoire

 

Vee, une adolescente de 17 ans discrète et plutôt peureuse est fliquée par ses parents depuis que ces derniers ont retrouvé son corps inanimé dans sa voiture moteur allumé et qu’ils sont persuadés que leur fille a tenté de mettre fin à ses jours. Si de son côté la jeune fille ne garde aucun souvenir de cette sombre soirée, elle commence à trouver fatigant le fait que ses parents ne lui accordent aucune confiance et que tout le monde la considère comme une gentille petite fille raisonnable et toujours dans l’ombre des autres. Lorsque Vee découvre « Addict », un jeu de télé réalité qui diffuse sur le net – puis à la télé – des défis plutôt osés réalisés par des gens lambda, elle se dit d’abord qu’elle n’aura jamais le courage d’y participer. Mais devant le succès grandissant de l’émission, elle réalise que ce jeu est peut-être la clé qu’elle attendait pour modifier son image en profondeur.

 

D‘autant plus que l’émission a de sérieux arguments pour convaincre les participants potentiels… Les organisateurs semblent en effet connaître les désirs les plus secrets de Vee et parviennent à la convaincre à coup de cadeaux qu’elle ne peut pas refuser et en lui proposant en plus un « partenaire de crime » absolument irrésistible. Elle accepte donc de faire équipe avec le beau Ian et participe à un premier défi sans conséquence… puis à un deuxième et à un troisième de plus en plus dangereux. D’autant plus que l’engouement des milliers d’observateurs en ligne la pousse à aller de plus en plus loin et à dépasser toujours plus ses limites… et ses peurs. Bientôt, le jeu prend un tournant plus que malsain. Mais comment décrocher quand tous ses rêves sont à portée de jeu et qu’on est devenu du même coup complètement addict ?

 

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« Addict »… Je me lance ou pas ?

 

Sur le papier, Addict avait vraiment tout pour me plaire : une idée de départ très originale et surtout particulièrement dans l’air du temps. A une époque où tout marche à l’apparence et où celui qui s’inventera la plus belle des vies sur les réseaux sociaux est Roi, j’avais hâte de voir quel message pouvait délivrer un roman young-adult sur le sujet à ses lecteurs. Le début ne m’a pas emballé à proprement parler : entre le bellâtre pour lequel Vee craque et la meilleure amie « top model » qui obtient tout ce qu’elle veut (et qui fait donc de l’ombre à l’héroïne), je trouvais que les bases manquaient un peu (beaucoup ?) d’originalité. Mais en m’accrochant, je n’ai pas pu m’empêcher de prendre Vee sous mon aile. Cette gamine a beau être une énorme tête à claque, elle en devient attachante. Comme tant d’autres, elle vendrait père et mère sur le marché juste pour être acceptée. Vee est jeune : elle n’a pas encore compris qu’elle a le droit d’être elle-même et de ne ressembler à personne si c’est justement ce qui la rend heureuse.

 

Pour prouver aux autres de quoi elle est capable (car il ne s’agit jamais que de cela : du regard des autres), elle s’inscrit à Addict en pensant que l’audace de sa démarche fera d’elle une personne nouvelle, voire totalement différente… et meilleure. A partir de là, l’intrigue s’envole. Vee se lance effectivement dans des défis qui risqueraient bien de la transformer à tout jamais. Le rythme est alors haletant, enlevé… tout simplement addictif. Tout devient plus intéressant et on se sent littéralement dépendant de la suite de l’histoire. On se demande jusqu’où sera prête à aller Vee et surtout pour quels types de gains ? Quel cadeau peut valoir suffisamment la peine pour qu’on puisse envisager de mettre sa vie en danger ? Et nous, simples lecteurs, aurions-nous accepter à sa place de prendre part à ce jeu stupide et machiavélique dans le seul but de « changer » et de se sentir exister aux yeux des autres ? Est-ce d’ailleurs si important de rentrer dans le moule ? Comment cette liste sans fin de défis toujours plus sordides à relever va-t-elle s’achever ?

 

Forcément, une fois que l’on s’est soi-même laissé prendre au jeu, on désire plus que tout découvrir le mystère autour d’Addict et surtout savoir qui tire les ficelles de ce jeu démoniaque. Ce qui m’ennuie (et pas qu’un peu pour être honnête), c’est que toute cette partie est tout bonnement « effacée » par l’auteure. Ne cherchez pas à découvrir qui sont les « méchants » de l’histoire car clairement, on ne le saura jamais. Vraiment dommage… Heureusement que les nombreux thèmes qui composent le roman sont pour leur part aussi intéressants que bien traités. Ça rattrape un peu le coup dirons-nous… On nous parle de l’emprise qu’ont sur nous les réseaux sociaux et la façon dont ils façonnent notre monde et notre rapport aux autres, chacun s’évertuant à montrer à autrui un visage qui ne lui ressemble pas forcément (voire pas du tout d’ailleurs !). La télé-réalité, si présente dans notre quotidien, en prend aussi pour son grade. Subtilement, on nous explique que si nous n’étions pas là pour regarder ces émissions vides de sens, elles n’auraient pas d’influence sur les téléspectateurs et n’existeraient tout simplement plus. Addict nous montre aussi qu’à trop vouloir s’exposer, le droit à la vie privée, à l’image et même à l’oubli que l’on revendique tant sur le web nous glissent entre les doigts et perdent cruellement de leurs substances sans vigilance de notre part.

 

La société de consommation, ces petits gadgets que tout le monde s’arrache (comme s’ils avaient le pouvoir de rendre notre vie plus belle) sont aussi montrés du doigt sans vergogne, soulignant ce que l’être humain est prêt à faire de stupide pour des choses aussi médiocres que du matériel… Enfin, la place des apparences et de l’image « qu’on donne à voir de soi » est intelligemment traité. A ce propos, j’ai trouvé que le roman accordait une place relativement importante au sexe, ou du moins à l’image que se donnent les ados sur le sujet dans une société de plus en plus sexuée. Tous les défis que Vee doit relever sont axés sur ce thème loin d’être innocent. On commence d’abord « doucement » : elle doit crier dans un bar bondé que son partenaire de jeu est le meilleur coup qu’elle ait jamais eu dans sa vie. Puis elle doit se rendre à une réunion de jeunes abstinents et leur demander des préservatifs. Et comme nous ne sommes plus à une provoc’ près une fois qu’on a touché au mauvais goût, elle se retrouve à faire le trottoir et à devoir trouver un client dans un quartier particulièrement dangereux dès le défi suivant. Dès lors, j’ai trouvé qu’un glissement tout à fait intéressant s’effectuait dans le récit. Car si l’on a même plus conscience ni de la bêtise des faits, ni du danger, qu’est-ce qui nous arrêtera encore ?

 

Les défis, à l’instar de celui-ci, pourraient peut-être sembler peu réalistes ou trop « poussés » pour certains mais de mon propres avis, ils sont plutôt représentatifs des ados d’aujourd’hui (même s’ils ne sont évidemment pas tous à stigmatiser ni à mettre dans le même sac). Vous voulez vous amuser ?! Proposez donc à un adolescent un Iphone 6 en contrepartie d’un défi stupide : il est fort probable que 90 % d’entre eux accepteront sans broncher… (Croyez-moi, j’ai fait un petit sondage dans mon entourage et j’ai été plutôt outrée) (ça y’est, c’est officiel : je suis une vieille rombière. ECRASEZ-MOI AVEC VOTRE VOITURE S’IL VOUS PLAÎT). L’intrigue d’Addict est donc aussi passionnante que bien fondée et très actuelle sur bien des aspects. De ce point de vue, j’ai été véritablement happée par le récit, me disant encore et encore que Vee allait s’arrêter, qu’elle allait FORCEMENT prendre conscience de la bêtise et du danger de ses actes… avant de la voir aller toujours plus loin, sombrer un peu plus et s’enfoncer dans un système qui la dépasse. Hé oui, il faut croire que la gamine n’a pas la lumière à tous les étages : poussée par cette envie viscérale d’exister, ses décisions sont pour le moins aberrantes… Mensonge, provocation, humiliation, pourquoi s’arrêter en si bon chemin quand on a mis les pieds dans un engrenage aussi sympathique ? Reste à savoir si Vee parviendra à ouvrir les yeux à temps sur son comportement puéril… (SUSPENSE SUSPENSE).

 

C‘est le moment où vous me dîtes (car je lis dans vos pensées !) que pour un article mitigé, je suis pourtant assez élogieuse pour le moment. C’est vrai : c’est mon côté « je vois le verre à moitié plein ». Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin (il paraît), c’est le moment où je vous explique que malgré tous les aspects positifs dénombrés ci-avant, plusieurs choses m’ont malheureusement déplues dans l’évolution du récit… à commencer par le tournant télé réalité qu’opère le jeu et qui m’a fait penser pour mon plus grand désarroi à un mauvais remake de Hunger Games. Que celui qui n’y a pas pensé me jette la première pierre mais à partir du moment où Vee est sélectionnée pour les épreuves diffusées en direct à la télévision, j’ai eu la très désagréable sensation de revoir Katniss entrer dans l’arène, tant dans l’action que dans les relations qui s’établissent entre les différents participants, qui, comme de véritables petits sauvageons, se battent tous pour la même chose (NB : l’appât du gain fait visiblement perdre quelques neurones en route…). Bien que cette ressemblance soit certainement involontaire de la part de l’auteure, cette impression de « trop » déjà-vu ne m’a pas quitté et a, selon moi, enlevé ce qui faisait jusqu’à présent la très grosse originalité du récit.

 

A côté de ça, j’ai trouvé la romance qu’on nous inflige (sans surprise toutefois : nous sommes dans du young adult !) insipide et sans intérêt. Ian n’aura pas fait vibrer mon petit cœur… SNIF. La fin m’a aussi déçue : trop bâclée, trop ouverte, pas assez tranchée. J’ai d’abord cru qu’elle était annonciatrice d’une suite, ce qui aurait peut-être été moins catastrophique, mais même pas. Il faut croire que Jeanne Ryan avait juste envie de finir son roman, point final. En résumé, on peut dire qu’Addict avait de réelles qualités. Mais malheureusement, ce sont ses faiblesses qui prennent le dessus en bout de lecture. Malgré une analyse assez fine de la société actuelle et de l’individualisme latent (car c’est clair : même en danger, ne comptez pas sur les autres pour vous sauver !), un concept plutôt bien pensé (contrairement aux télé réalités que l’on nous sert, les participants ne sont pas enfermés dans Addict : ils sont « libres » et le danger est justement partout puisque les caméras sont remplacées par les téléphones portables de tout un chacun…) et une critique bien sentie de l’évolution de notre manière de « communiquer », l’ensemble manque malheureusement de profondeur. Dommage, dommage…

 

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4 réflexions sur “J’ai lu… « Addict », de Jeanne Ryan (un roman qui n’est malheureusement pas à la hauteur de son titre)

    • I know ma No’, je commence à connaître tes goûts (oui oui je peux me vanter de te/les connaître !! 😉 Autant j’aurais de très bons titres à te conseiller en Young Adult, autant celui-ci, malgré de belles qualités, n’est pas à mes yeux un incontournable… Tu peux donc passer ta route si cela ne te tente pas ! Ps : je suis en train de lire « Maybe Someday »… ❤

  1. Aaah la romance qui ne fait pas battre nos coeur ça c’est pas bon… Mais pour moi qui aie à hunger game et ne ferais donc pas la comparaison, tu penses que je pourrais aimer ?
    Rho non voilà que je recommence !! Je ne sais pas pourquoi je pose la question alors que j’en ai déjà trop dans ma pal !! Mais c’est de ta faute aussi, tu le rends presque attractif pour le thème 😉

    • Tu n’as pas lu Hunger Games ma Onee ? Pourquoi sans indiscrétion ? (Je demande par simple curiosité, je ne te jetterai certainement pas la pierre : de mon côté je n’ai jamais lu les « Harry Potter » alors tu vois…!). Tu es adorable de dire que je parviens à rendre la lecture attractive mais je pense que ce n’est pas un titre indispensable à avoir coûte que coûte dans sa PAL (tu vois, j’essaie de ne pas trop te l’agrandir !!! ahaha). Le thème est vraiment bien trouvé mais je trouve qu’il n’a pas été traité avec assez de finesse malheureusement. Commençant à connaître tes goûts et ton degré d’exigence (comme moi quoi ;)), tu pourrais rester un peu sur ta faim avec celui-ci. Comme je te l’ai écrit dans le commentaire précédent, lis plutôt « Hate List » (la fille qui veut le vendre à tout prix, LOL !). Je t’embrasse !

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