J’ai lu… « Hate List » : s’il ne fallait en lire qu’un, ce serait celui-ci

Hello mes petits cerisiers en fleurs !

 

Vous savez depuis le temps qu’il est rare qu’un livre me laisse de glace. De la même manière que certains cœurs d’artichaut tombent amoureux à chaque coin de rue, il y a toujours quelque chose qui sait me toucher dans un livre, même si ce n’est parfois qu’une infime poussière d’étoiles. Mais si je suis honnête, rares sont les livres qui ont su réellement me remuer, me marquer, m’enivrer. Ils se doivent d’être rares car les sentiments qu’on ressent quand on les découvre sont si profonds qu’on les reconnaît en une phrase, en une fraction de seconde. J’ai refermé il y a quelques jours la dernière page de Hate List, un roman absolument prodigieux écrit par Jennifer Brown et il continue toujours de me pourchasser. Un livre qui allie à merveille des sentiments délicieusement contradictoires : il m’aura tour à tour révolté, attristé, émue, fait réfléchir et pleurer. Un livre dont je ne me relève toujours pas, à découvrir de toute urgence…

 

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Hate List… Se plonger dans l’histoire

 

Valérie est une adolescente comme il en existe des milliers : son quotidien se compose de longues journées passées au lycée entourée de son petit groupe d’amis et surtout de Nick, son petit ami, son pilier. Pas vraiment populaires, un peu en marge, ils sont régulièrement victimes des attaques de quelques malins qui pensent valoir mieux qu’eux. Leur force, c’est d’être à deux. Avec Nick à ses côtés, son double, son âme sœur, Valérie sait que tout ira bien. Alors qu’importe que Christy et tant d’autres s’évertuent à faire de leur vie un enfer ? Pour s’amuser, les deux amoureux créent une « liste de la haine », composée des noms de tous ceux et de toutes les choses qu’ils feraient volontiers disparaître de leur quotidien. Habitués à refaire le monde et à s’imaginer un avenir à deux, Nick et Valérie rêvent d’un quotidien où on ne s’en prendrait plus à eux. Cette liste devient petit à petit leur exutoire, leur champ des possibles. Pour la jeune fille, tout ceci n’est qu’une blague, un secret qu’elle partage avec Nick, une liste sans conséquence. Mais un jour, Nick ouvre le feu dans la cafétéria du lycée et tue tour à tour chaque personne présente sur la liste, élèves et professeurs mêlés, avant de blesser accidentellement Valérie et de retourner l’arme contre lui.

 

En une fraction de seconde, Valérie perd tout : ses quelques amis, sa famille, son intégrité et surtout l’amour de sa vie qu’elle croyait connaître mieux que quiconque mais qui se révèle finalement n’être qu’un étranger… Tous la croit aussi coupable et responsable que Nick bien qu’elle n’ait pas appuyé sur la gâchette, d’autant plus que les médias dévoilent dans la foulée la fameuse « liste de la haine » au grand public. Bientôt, la police la suspecte d’avoir orchestré ce massacre et d’en savoir bien plus que ce qu’elle veut bien avouer. Après quelques mois de convalescence, Valérie est sommée par ses parents de retourner au lycée et d’affronter tous ceux qui voient en elle une seconde coupable… Plus seule que jamais, elle va devoir affronter le regard des autres, évoluer parmi les survivants qui ne veulent pas d’elle à leurs côtés et continuer à vivre même si sans Nick, l’envie n’est plus là. Une seule chose est sûre : plus rien ne sera jamais comme avant…

 

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Hate List… Je me lance ou pas ?

 

Peu de livres m’auront, j’en suis certaine, marqué comme Hate List : tout dans ce récit est d’une justesse, d’un dosage, d’une honnêteté parfaite. Durant les quelques heures qu’aura duré ma lecture, je n’ai pas cessé de me demander comment on pouvait survivre à ça. Valérie se réveille à l’hôpital en ayant tout perdu. Nick ne sera plus jamais là et est parti en emportant avec lui son secret et les réponses à ses questions. Elle réalise avec peine qu’elle était amoureuse d’un fantôme. Celui qu’elle considérait comme son double naviguait visiblement sur une autre planète, une autre galaxie qu’elle, sans qu’elle n’en ait jamais rien vu. Le jeune homme doux, sensible à l’extrême, un brin écorché vif, passionné par Shakespeare et qui la protégeait contre vents et marées n’est plus et c’est désormais seule qu’elle doit avancer, persuadée pourtant que le Nick qu’elle aimait tant n’est pas le monstre que chacun cherche maintenant à dépeindre, aveuglé par la douleur du deuil… Comment retourner au lycée, affronter les survivants qui ont tous perdu un ami, un frère, un professeur dans la tuerie ? Comment affronter ceux qui cherchent désormais un coupable tout désigné en la personne de Valérie ? Elle-même s’interroge : et si Nick lui avait mis sous les yeux toutes les pièces du puzzle mais qu’elle avait tout simplement choisi de fermer les yeux ? Si elle n’avait pas voulu voir ce qui se préparait ? Quel est son degré de responsabilité en ayant rédigé cette liste de la haine ? Pourra-t-elle se pardonner de n’avoir rien vu et surtout d’avoir survécu ? Comment se relever d’une telle tragédie ?

 

Hate List dépeint ce long cheminement psychologique avec beaucoup de force et de courage. C’est bouleversant et chaque page est encore plus émouvante que la précédente. A la place de Valérie, je ne pense pas que je serais retournée au lycée. Cette fille est une vraie battante. Elle fait preuve d’un courage hors norme. Le récit qu’elle fait de son histoire est captivant : grâce à elle, on ne parvient pas à voir Nick comme un simple meurtrier et je pense que c’est un point essentiel du roman. En mélangeant les moments présents de son retour au lycée après le drame et des flashbacks composés de moments de bonheur passés avec lui, on comprend petit à petit pourquoi elle l’aimait tant. Ces sentiments contradictoires sont aussi déstabilisants que nécessaires : on se demande comment un jeune homme aussi brillant quoiqu’en marge a pu sombrer et commettre de telles horreurs. Puis on comprend : que nous avons tous notre part d’ombre, qu’il n’y a pas de fumée sans feu et que sans toutes ces moqueries dont il a été victime durant toutes ces années et qui ont progressivement alimenté sa haine, il n’aurait peut-être pas franchi le pas qui l’a fait passer du jeune homme doux, brillant et attentionné qu’il était en un monstre assoiffé de vengeance et de sang… Dépeint à la fois en bourreau et en victime, ce qu’on ressent pour Nick est difficile à conter. Il faut en tout cas beaucoup de talent pour l’exprimer et Jennifer Brown y est brillamment parvenue.

 

Cette lecture a été une véritable gifle, un tourbillon d’émotions. Au gré des quelques 300 pages qui composent le roman, on suit la lente et douloureuse reconstruction de la jeune fille. Tous lui en veulent d’avoir écrit cette horrible liste de la haine mais personne n’est capable de reconnaître que Valérie est simplement humaine. On a tous déjà rêvé de faire disparaître quelques personnes sur commande mais ce n’est pas pour ça qu’on passe à l’acte. Pourtant, très peu de personnes acceptent de reconnaître que Valérie n’est rien de plus qu’un dommage collatéral dans cette sombre histoire. Je me suis littéralement mise à sa place tant le récit m’a bouleversé : j’ai eu peur avec elle lorsqu’elle a dû retourner sur les bancs de l’école et lors de certaines scènes particulièrement violentes, j’ai été choquée du comportement de ses anciens « amis » qui ne lui accordent même pas le bénéfice du doute, j’ai souffert de tout mon être face à la cruauté de ses parents, notamment son père, absolument abject, qui la jugent à tour de rôle folle ou coupable et refusent de lui faire confiance ne serait-ce que cinq minutes. Seul son psychologue, génial, la sauvera en reconnaissant enfin son statut de victime (au même titre que les autres) et de survivante, lui permettant enfin de commencer à faire son deuil. Si la tuerie en tant que telle est « peu » abordée, l’accent est mis sur les sentiments des personnages et apporte énormément de profondeur à l’ensemble. Chacun tente à sa manière de se relever de ce drame et tout le monde souffre énormément…

 

Pour tous les sentiments que ce livre a soulevé en moi, je ne pourrais que le conseiller à tous. Il aura suffit d’une lecture pour le propulser directement dans le top de mes livres préférés. C’est ce que je recherche dans chacune de mes lectures : qu’elles suscitent un arc en ciel d’émotions chez moi et celle-ci a été une véritable explosion. Une histoire poignante, révoltante, dont il est impossible de sortir indemne. Dans les dernières pages du livre, mes larmes ont coulé franchement et plusieurs jours après, il trône toujours à mes côtés. Si Nick était profondément perturbé à n’en pas douter, ce livre est une leçon. Comme 13 raisons dont je vous ais déjà parlé, ce genre d’histoires nous rappelle comment un simple mot peut parfois suffire à détruire quelqu’un et à le pousser à commettre l’irrémédiable. Il nous rappelle que nous avons tous un rôle à jouer pour empêcher ce genre de tragédie. Car on apprend jamais assez… Aux États-Unis, ce roman a été élu Meilleur Livre et Meilleur Livre Young Adult de l’année. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi, et pas seulement car l’Amérique est malheureusement régulièrement endeuillée par ce type de tragédies. Je suis convaincue que ce roman ne pourra parler qu’à tous. Il m’a en tout cas énormément touché. C’est un livre brillant, avec un message fort. Pas juste un livre de plus dans la masse. Jennifer Brown peut être fière de ce premier roman prometteur. Suivre l’évolution de ses personnages passionnants dans cet impossible deuil a été un privilège. Elle peut se vanter d’avoir offert à ses lecteurs un récit émouvant, inédit quant aux points de vues partagés (faire parler les proches du coupable et mettre ainsi en avant d’autres aspects du drame qu’on a tendance à laisser de côté) et réaliste en tous points. Un livre à lire sans hésiter…

 

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5 réflexions sur “J’ai lu… « Hate List » : s’il ne fallait en lire qu’un, ce serait celui-ci

  1. Je suis bien d’accord avec toi. Hate List est un roman bouleversant et très intelligent. Il m’a complètement retournée. Je me suis posé énormément de questions en le lisant. J’ai tour à tour été énervée, émue et angoissée. Une vraie claque !

  2. Je suis heureuse de te retrouver avec un de tes coups de coeur ma belle.
    Je lis une histoire similaire en ce moment (Nineteen minutes de Jodi Piccoult) et du coup le livre que tu nous invites à découvrir me parle encore plus. Tous ces drames cachent une réalité encore plus horrible, un travail de sape qui transforme souvent des innocents ou victimes, puis en bourreaux.
    Merci pour ce billet.
    Je t’embrasse bien fort.

    • Et bien franchement ma Onee, j’espère que tu le liras et que tu auras le même ressenti que moi (même si je ne t’en voudrais pas pour autant de diverger, tous les goûts sont dans la nature – surtout en matière de lecture !). C’est très simple, à mes yeux, « Hate List » est un des meilleurs romans young adult que je n’ai jamais lu. Je l’ai trouvé juste sensationnel. A tel point que j’ai envie de le relire rien qu’en t’en parlant !!! Il me tarde de lire ta chronique sur le sujet (que tu partages ou non mon sentiment). Plein de gros bisous

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