J’ai lu… « Les gens heureux lisent et boivent du café », d’Agnès Martin-Lugand (un condensé de sobriété et d’émotions pures ♥)

 

Hello mes jolis mots !

 

Il y a quelques jours, j’ai vécu une expérience de dingue, un moment quasi mystique qu’il me fallait absolument partager avec vous. Le genre de moments qu’on ne peut vivre qu’entre les pages d’un excellent roman (ou en dévorant un très très bon gâteau. Ou en dégustant un très très bon verre de vin. Ou… bref, vous avez compris ;)). Tout a commencé vers 23h lorsque j’ai ouvert « Les gens heureux lisent et boivent du café ». Je ne sais pas si j’ai subitement basculé dans une faille spatio-temporelle mais une chose est certaine, j’ai été happée dans une autre galaxie dont je ne suis ressortie que quelques heures plus tard, à 2h15 très précisément, en refermant la dernière page de ce livre superbe qui m’aura emporté très loin dans son sillage… Je dois avouer que je suis gâtée niveau lecture en ce moment : j’enchaîne les pépites et les jolies découvertes. Mais si je pensais avoir eu un vrai coup de cœur pour « Juste avant le bonheur », je crois qu’il n’y a pas de mots assez forts pour exprimer mon ressenti face à la merveille qu’est « Les gens heureux lisent et boivent du café » et dont je m’empresse donc de vous parler ♥

 

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« Les gens heureux lisent et boivent du café »
Se plonger dans l’histoire

 

« Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier.
J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture,
au moment où le camion les avait percutés.
Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant.
Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »

 

Diane perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. A son arrivée à l’hôpital, sa fille Clara est déjà morte et elle a tout juste le temps de dire adieu à Colin, son mari. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. Incapable de se rendre à l’enterrement des deux êtres qu’elle aimait plus que tout au monde, elle passe l’année suivante enfermée chez elle, volets fermés, enroulée dans sa couette avec le sweat à capuche de Colin sur le dos, le doudou de sa fille dans la main et des cigarettes pour seule nourriture. La colère, la tristesse et l’incompréhension pour seule compagnie. Seul Félix, son meilleur ami homo et haut en couleur, la harcèle (sans succès) pour la sortir de sa léthargie et la ramener à la vie tout en tentant de ne pas faire couler leur entreprise, un café littéraire nommé – souvenir d’une époque lointaine et heureuse – « Les gens heureux lisent et boivent du café ».

 

Les jours s’étirent lentement et Diane, toute à sa douleur, ne « cicatrise » pas. Les souvenirs de ses amours disparus trônent toujours dans son appartement et elle est toujours incapable de se rendre au cimetière, de sortir travailler, de lire ni même de se nourrir. Diane est dans la survie, rien que dans la survie. Lassée des sollicitations permanentes de ses parents et de Félix, n’aspirant qu’à la paix et à la solitude, elle décide de partir en Irlande, une destination qu’elle est certaine de détester mais que Colin n’a pas eu le temps de découvrir comme il le souhaitait. Elle y loue un cottage perdu dans un petit village avec pour seul voisinage une maison vide, ce qui n’aurait pas pu mieux tomber ! Elle espère ainsi pouvoir faire comme à Paris, mais sans être dérangée par quiconque et végéter jusqu’à plus soif, en tête à tête avec sa peine. Mais c’était sans compter sur les gens qu’elle va rencontrer sur place et qui ne sont pas du tout décidés à la laisser tranquille : le couple qui lui loue le cottage, Abby et Jack, leur nièce Judith, joyeuse tornade venue de Dublin qui va l’obliger à se confier puis à sortir et enfin Edward, le neveu et voisin taciturne, colérique et torturé qui semble cacher plus d’un secret. En espérant se recroqueviller sur elle-même pour mieux disparaître, Diane va réaliser que c’est peut-être en foulant cette terre d’Irlande qu’elle apercevra enfin la lumière au bout du tunnel…

 

« Les gens heureux lisent et boivent du café »
Je me lance… Ou pas ?

 

La façon dont on accueille une lecture et les sensations qu’elle apporte avec elle sont toujours un grand mystère. Pour quelles raisons un livre nous parle et nous transporte alors qu’il laisse le voisin complètement de marbre, sur le carreau ? Si je n’ai pas de réponse à cette question, je ne peux pas m’empêcher de trouver que c’est une chose heureuse : si tout le monde aimait la même chose et avait le même avis sur tout et sur tout le monde, on se ferait bien ch*** notre existence serait bien terne ! Ouvrir un livre est toujours une aventure et comme dans toute expérience, ce qu’on veut vraiment, ce sont des (bonnes) surprises. Je ne m’attendais sincèrement pas à grand chose en entrant dans ce livre qui m’attirait de par sa couverture en noir et blanc et son titre que je trouve complètement inspirant… et poétique (si si, le café peut être poétique, croyez-moi ;)). Je savais qu’il était question de deuil dans les pages de ce roman et cette simple évocation suffisait déjà à m’aimanter littéralement. Pour le reste, je n’avais lu que très peu de critiques sur le sujet. Je suis donc entrée dans cette lecture sans idées préconçues, sans préjugés : avec juste l’envie de découvrir.

 

Et là, la claque. J’ai littéralement adoré. Tout. De A à Z. D’abord la simplicité. C’est épuré, ça va droit au but et au cœur. Ça ne se veut pas grandiose : c’est juste touchant. Tous ceux qui auront connu la perte se reconnaîtront dans cette absence de fioriture. Je crois que ça ne m’aurait pas autant touché si cela avait été plus alambiqué. C’est justement cette absence de surplus qui va droit à l’émotion. Si je devais parler de la peine, j’utiliserai probablement les mêmes mots : ceux qui parlent à tous… J’ai sauté à pieds joints dans la douleur de Diane, l’héroïne, et je l’ai regardé doucement revenir à la vie. Il semble clair que ce roman, très simple en apparence, suscite des avis très tranchés : soit on aime, soit on déteste. J’ai lu beaucoup de chroniques après ma lecture pointant du doigt l’écriture médiocre, l’histoire cousue de fil blanc et les personnages jugés caricaturaux. Dire que je ne suis pas du tout d’accord est un euphémisme ! Comme je viens de l’expliquer, un style simple n’est pas du tout synonyme à mes yeux de médiocrité. Certains auteurs sont réputés pour mal écrire et clairement, je ne mettrai pas Agnès Martin-Lugand dans cette liste. L’histoire quant à elle se lit d’un trait : tout est fluide, les péripéties s’enchaînent avec intelligence, subtilité et goût.

 

J‘ai aimé que l’auteure nous emporte droit à l’essentiel, sans longueur ni redondance. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, tournant les pages avec fièvre et tombant littéralement amoureuse des personnages au fil des chapitres. Il est vrai que leurs caractères sont très dessinés mais à aucun moment je ne les ai trouvé stéréotypés, loin de là. Ils m’ont semblé au contraire attachants et incroyablement humains avec leurs faiblesses et leurs fragilités. Pas un seul ne m’aura agacé (hormis les parents de Diane que j’ai trouvé juste ignobles et malheureusement très réalistes…), ce qui relève clairement du miracle ! J’ai aimé leurs sentiments désarmants et criants de vérité face à la souffrance. J’ai lu que certains trouvaient « étrange » la façon qu’à Diane de revenir aussi « rapidement à la vie » une fois en Irlande. Je ne suis une fois de plus pas du tout d’accord. Doit-on se terrer chez soi à tout jamais et allumer des bougies à leurs mémoires pour honorer nos morts ? Les aimera-t-on davantage en s’empêchant définitivement le droit à l’amour, au plaisir, à la joie ou tout du moins à l’apaisement ? Rester éternellement la veuve éplorée que chacun attend naturellement d’une jeune femme qui vient de perdre époux et enfant fera-t-elle d’elle une meilleure personne ? Une femme plus respectable ? Et pour qui, d’ailleurs ? J’ai aimé justement cette vérité toute nue, aussi belle que désarmante : l’être humain ne peut vivre sans sentiment, sans émotion, quels qu’ils soient. Quoi que l’on fasse, qu’on le veuille ou non, que l’on lutte de toutes nos forces ou pas, la vie reprend toujours ses droits. Et on a beau fermé les volets, le soleil brillera toujours juste derrière…

 

Ça n’en est pas moins vrai toutefois : on sent malgré tout certains tournants venir de (très) loin. On les attend même (en tout cas pour ma part !). Mais là où on pourrait penser justement que le roman manque d’originalité (ou du moins de subtilité), se dirigeant volontiers vers la facilité, la fin (ouverte comme j’aime) surprendra tout le monde, bifurquant d’un coup d’un seul, nous amenant vers quelque chose de totalement inattendu mais de plus plausible que ce qui s’ébauchait. J’ai trouvé ce choix intelligent et courageux. Diane reste fidèle à elle-même de bout en bout mais s’autorise enfin l’ébauche – sinon le droit – de revivre sans les siens (et sans culpabilité) malgré la difficulté à leur dire adieu sans les trahir. Dire que j’ai trouvé cela bouleversant est très loin de la réalité (j’ai bien regardé et un morceau de mon cœur est resté coincé entre les pages du roman, c’est dire ;)).

 

Pour conclure, cette lecture a été une réelle claque, bien plus bouleversante à mon sens que « Juste avant le bonheur » (je m’en rends compte après coup) qui m’avait pourtant déjà bien touché. J’y ai trouvé (même si ces deux romans ne sont, à mon sens, pas comparables) bien plus de profondeur, moins de superficialité. Le rendu est beaucoup moins « clinique ». Les émotions ne sont pas juste effleurées. On les creuse littéralement, allant chercher ce qu’il y a de plus beau en elles. Ça remue… Mais Dieu que ça fait du bien. Quand je vous disais que chaque lecture était une surprise ! « Les gens heureux lisent et boivent du café » m’a transporté à un point qu’il est difficile de nommer. Peut-être parce que ses nombreux thèmes (la perte, la douleur, le deuil, la survie, la renaissance…) sont tout bonnement universels. Il y est questions d’événements et d’émotions face auxquels nous sommes tous égaux, auxquels on n’échappera malheureusement pas et qui ne peuvent que nous toucher. C’est un miroir ouvert sur nos propres angoisses : comment survivre à la perte des personnes qu’on aime le plus au monde ? Comment s’en remettre et continuer à avancer sans eux ? Comment apprivoiser cette douleur suffocante, insupportable, plus forte que tout le reste et dévastant tout sur son passage ? La réponse aujourd’hui me semble évidente : on ne le peut pas. Mais le temps fait son œuvre, toujours. Un matin, on a un peu moins mal. On se remet à sourire et, passées les premières notes de culpabilité, cela fait du bien… Juste du bien.

 

« J’ÉTAIS BIEN, JE NE ME SENTAIS PLUS OPPRESSÉE.
LA VIE REPRENAIT SES DROITS ET JE NE VOULAIS
PLUS LUTTER CONTRE… »

 

 

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11 réflexions sur “J’ai lu… « Les gens heureux lisent et boivent du café », d’Agnès Martin-Lugand (un condensé de sobriété et d’émotions pures ♥)

  1. Etant donné que la suite sort la semaine prochaine, je le relis. A ma première lecture (oui parce que j’ai presque fini à l’heure actuelle), j’avais aimé cette écriture, cette innocence du premier roman. Le personnage de Diane m’a touchée car je me suis revue quand j’ai perdu ma grand-mère. Certes, je n’avais pas le même âge, le même lien de parenté mais je comprenais sa souffrance. Il n’y a rien de plus horrible pour une mère de survivre à son enfant. Et je parle en connaissance de cause pour avoir vu ma famille être touchée par la mort d’un enfant. A cette deuxième lecture, je ressens toujours la même chose pour le moment et … par rapport à « Juste avant le bonheur » d’Agnès Ledig, il est légèrement en dessous (peut être que cela va changer avec cette nouvelle lecture). Je ne saurai pas dire pourquoi.
    Mais une très belle chronique comme d’habitude. Bisous ma Soeur Cosmique ❤

    • Ma No’, je t’écris un sms dans 5 minutes mais je réponds d’abord à tous mes commentaires 🙂 Tu as eu raison de te replonger dans celui-ci avant de te plonger dans la suite, c’est une bonne idée pour avoir les idées bien claires ! Je compte sur toi pour me dire ce que tu auras pensé de la suite des aventures de Diane et je verrai si je me lance à mon tour. Car étrangement, cette fin ouverte dans le 1er me convenait parfaitement et laissait la place à l’imagination donc je ne ressens pas expressément le besoin de lire la suite, du moins pour le moment. Wait and see ! Gros bisous ma Soeur Cosmique ❤

  2. Parce que j’ai souffert, différemment pourtant, j’ai trouvé que tout avait été survolé. Je m’attendais à quelque chose de plus abouti. Tout va trop vite. Mais peut-être que c’est la simplicité du roman qui rend les choses plus vraies. A l’époque j’aurai eu besoin d’un livre qui disséquait la souffrance.
    Au final, je n’ai pas accroché du tout. Par contre je me laisserai bien tentée par la suite. Pour lui donner une seconde chance.
    Tous les goûts sont dans la nature, alors merci pour ta jolie chronique ma belle. C’est toujours un plaisir de te lire.
    J’ai d’ailleurs suivi ton conseil et je me jette dès demain dans la lecture d’un roman de Gilles Lejardinier! A suivre…

    • Ma Marie, j’espère que Gilles Legardinier t’auras mis le sourire jusqu’aux oreilles ❤ Je suis si honorée que tu suives mes conseils de lecture que j'espère que tu ne seras pas déçue. Vois-tu, tu as tout résumé : tous les goûts sont dans la nature et c'est ce que j'aime tant dans cette passion de la lecture. Je comprends parfaitement que tu n'aies pas plus accroché à ce livre même si nous ne l'avons pas du tout ressenti de la même manière. C'est là toute la magie de la chose ! Je t'embrasse très fort et j'espère à très vite.

  3. Ta chronique me fait presque monter les larmes… Tu écris tellement bien! J’ai remarqué ce livre depuis un petit moment et je pense qu’il va vite rejoindre ma PAL. Je ne lirai pas tout de suite cependant… j’attendrai que le soleil brille très fort, histoire de me raccrocher à ses rayons si la tristesse se pointe 😉 Belle soirée et plein de gros bisous ♥♥♥

    • Alors toi… Tu es juste adorable ma Aude ❤ ❤ ❤ Même si les avis sont marqués au sujet de ce livre, je ne peux que te le conseiller tout en espérant très fort qu'il atteigne directement ton coeur. Mais tu as raison : attends que le soleil brille bien fort pour te servir de ses rayons comme d'une armure 😉 Je t'embrasse bien fort et te souhaite une très belle soirée ma belle !

  4. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ta chronique et elle montre à quel point un même livre peut éveiller en chacun des émotions différentes. Je fais partie de ceux qui ont jugé le livre trop caricatural, l’écriture trop simple et comme Marie plus haut dans les commentaires, j’attendais une analyse plus fine de la souffrance et de la question du deuil.

    La sobriété, loin de me toucher, m’a au contraire éloignée des personnages, dont les réactions m’ont paru trop évidentes, trop lointaines de ce qui m’est familier (je fais partie des gens qui « décortiquent » les choses). Et je crois que souvent, l’émotion que l’on peut ressentir face à un livre vient de notre capacité à nous « identifier » un peu aux personnages, à traverser avec eux leurs épreuves, à partager leurs joies. Alors forcément, quand les personnages nous semblent à mille lieux de notre propre façon de réagir, il est plus difficile de se laisser convaincre.

    Merci pour cette belle chronique en tout cas !

    • Chère Lou, merci pour ton commentaire ici ! Je dois avouer que je lis tous les commentaires ainsi que de nombreuses chroniques au sujet de ce roman avec beaucoup d’intérêt car les avis divergent tant que c’est toujours un plaisir de s’interroger sur le pourquoi du comment. Tout ce que je peux dire est que je comprends parfaitement les gens qui ne partagent pas mon enthousiasme sur son sujet car comme tu l’as si bien souligné, la façon dont on accueille une lecture dépend pour beaucoup de notre vécu, de nos émotions, de ce qu’on retrouve de nous dans le personnage… Alors c’est comme pour une recette de cuisine : on aime ou on aime pas. De mon côté la sobriété m’a atteint en plein coeur et pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, je fais aussi partie du clan de ceux qui décortiquent tout dans la vie ;)). En tout cas, merci d’avoir pris le temps de laisser ton avis ici, c’est très chouette ! Belle soirée à toi.

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