Puis soudain, au détour d’une rue, le passé nous saute à la gorge…

 

Je ne compte plus les innombrables balades faîtes à Paris ces dernières années. Des quartiers sillonnés, des petites rues montées et descendues au gré de mes envies et de mes découvertes, des parcs où j’aurais profité des premiers rayons timides du soleil. Inconsciemment ou pas, j’ai pourtant soigneusement évité ce quartier ces dernières années. Hier pourtant, je m’y suis retrouvée, guidée presque instinctivement par mes pas. En traversant le Jardin des Plantes comme nous l’avons fait tant de fois, je me suis surprise à sourire. Je me suis assise quelques instants sur ce banc qui aura été le témoin d’heures et d’heures interminables de conversations, de confidences, d’éclats de rire et de rêves en suspend. Et j’ai laissé les fantômes danser autour de moi, littéralement. Nos fantômes.

 

one-way-or-another

 

A ma sortie du Jardin, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un œil à la Grande Mosquée de Paris où nous avons bu des litres inquantifiables de thé à la menthe et dévoré des cornes de gazelle entre deux cours, tout en riant des derniers potins et en mesurant notre chance d’évoluer dans un lieu aussi enchanteur, de faire partie de cette « plus belle ville du monde » qui ne cessait de nous émerveiller alors. Puis j’ai laissé mes pas me guider vers la fac. J’ai vainement essayé de lutter mais sans succès : comme si une force magique m’invitait justement à avancer vers elle. C’est marrant comme rien ne change, ou si peu, alors que les années ne cessent de défiler… Les terrasses des cafés sont toujours aussi bondées d’étudiants heureux de se retrouver autour d’un café en fin de journée. Comme nous avant. La librairie « coffre aux trésors » fait toujours face aux bâtiments et ne désemplit jamais. Exactement comme avant.

 

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J‘ai hésité à pousser les portes de la fac, à me promener dans ses couloirs sinueux, à parcourir ses étages familiers, à m’asseoir quelques secondes sur les marches de l’amphi comme nous l’avons fait tant de fois. Mais je crois que j’aurais eu la sensation d’être en imposture. Ce n’est plus ma place depuis longtemps. Alors je suis juste restée quelques secondes derrière les barreaux de la grille à observer les petits groupes d’étudiants qui papotaient et riaient à gorge déployée dans la cour carrée. Je me suis dit qu‘ils avaient tous l’air incroyablement confiants et sereins : comme nous avant. Je me suis demandée si je ferais encore illusion en me mêlant à eux ou si j’aurais déjà l’air dépassé, out, vintage… Le temps d’un instant, je me suis revue en train de potasser fiévreusement les cours avant les examens, assise dans les escaliers menant à la Bibliothèque Universitaire, un gobelet de café posé à mes côtés. Je me suis demandée où étaient passés mes rêves d’alors, si gros qu’ils s’échappaient de mes poches.

 

wishes

 

A l’époque, je savais précisément où j’allais. Rien ni personne n’auraient pu m’arrêter. Il m’arrivait bien sûr d’avoir des doutes mais il était évident que le meilleur était à venir. Il ne pouvait en être autrement. Mes rêves allaient se réaliser et j’aurais la vie dont je rêvais, pour laquelle je me battais si ardemment. Non, il ne pouvait en être autrement. Puis à nouveau, le fantôme de l’escalier s’est comme dissout, envolé, et m’a invité à le suivre à nouveau. Je me suis dirigée comme un automate vers le quartier si familier des Gobelins et j’ai remonté la si mythique Rue Mouffetard, baignée d’une atmosphère si magique en cette fin de journée, où nous avons traîné nos guêtres des heures entières, arpentant les pavés, nous régalant des senteurs des petits commerces, testant à l’occasion bars, pâtisseries ou restaurants. A l’angle d’un pub, un autre fantôme m’attendait mais celui-ci, je ne pouvais que m’y attendre tant il m’a pourchassé ces dernières années. Il a insisté pour me faire revivre, encore une fois, ce baiser. Ce baiser qui aura changé tant de choses, apporté autant de plénitude que de peine à ma vie. Qui m’aura changé pour toujours. J’ai marché sur les cendres de nos souvenirs quelques instants avant de chasser moi-même l’apparition, pour une fois, afin de mieux poursuivre ma route. Et je suis partie sans me retourner.

 

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J‘ai marché vers le Panthéon où d’autres étudiants profitaient sur ses marches du lumineux soleil de cette belle fin de journée de printemps. Alors que des rires fusaient des terrasses de cafés, j’ai remonté le Boulevard jusqu’à la Fontaine Saint Michel qui aura elle aussi été le témoin silencieux de nombres de nos folies, de nos fous rires mais aussi de nos drames. Alors que le Pont Saint Michel me tendait les bras, je l’ai traversé pour mieux m’asseoir sur ses marches suspendus au-dessus de la Seine. Le soleil commençait à disparaître derrière l’horizon et donnait à la Seine des reflets irréels. Je suis restée un long moment à m’enivrer de cette atmosphère si particulière, tout en répondant aux signes des touristes déambulant sur les bateaux mouches et en observant les badauds installés sur les quais et profitant de la température idéale de cette fin de journée autour d’un apéritif improvisé. Je me suis demandée ce que devenaient les rêves qu’on ne réalisait pas. Restaient-ils accrocher à nos épaules comme tous les fantômes avec lesquels j’avais passé la journée ou éclataient-ils comme des bulles de champagne, ne nous laissant que l’amertume du regret au fond de la gorge ? Les jambes dans le vide, je me suis dit qu’il était grand temps que je m’en créé de nouveau et que je fasse tout ce qui était en mon pouvoir pour les réaliser. Se battre pour faire de sa vie une histoire qui mérite d’être racontée…

 

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10 réflexions sur “Puis soudain, au détour d’une rue, le passé nous saute à la gorge…

  1. « Se battre pour faire de sa vie une histoire qui mérite d’être racontée… » J’aime cette phrase qui termine ce doux billet de souvenirs en beauté. Tu nous reviens en pleine forme et avec de jolis mots ma toute belle. Qu’il fut bon de te lire et d’arpenter Paris à tes côtés. Je n’ai pas les mêmes souvenirs, mais je crois que j’aimerai moi aussi retourné sur les traces de ces années qui m’ont au final construite, même si le tempts et les aléas de la vie m’ont fait perdre un peu d’innocence et beaucoup de confiance.
    Il est toujours temps de se créer de nouveaux rêves, des rêves qui nous conviennent. Je te les souhaite vivants et vrais, proches de toi et de tes aspirations. Et je souhaite que tu en réalises quelques uns aussi.
    Je t’embrasse bien fort.

    • Ma Marie, quel bonheur de te retrouver ! J’ai eu ton mail en rentrant et ça m’a fait chaud au coeur de te lire à peine rentrer (surtout quand le soleil se cache derrière les nuages et que le moral joue aussi à cache cache du coup ;)). Je te réponds très très vite. En attendant, j’avais besoin de renouer avec mon petit blog et ce texte me semblait une bonne occasion de revenir en douceur. Tu parles de ces aléas de la vie qui t’auront faits perdre confiance et innocence. Comme je te comprends ma toute belle ! Mais je me plais à croire que derrière toutes ces blessures, nous avons aussi gagné en force et que nous nous sommes construites. En ce moment, je réalise que le temps passe réellement à toute vitesse et n’attend personne. J’ai laissé beaucoup de mes rêves en suspend, j’en ai même laissé certains s’éteindre et je le regrette. Il faut que je me batte pour m’en créer de nouveau et tout faire pour les réaliser. Je crois que c’est le moment ! Je suis persuadée que nous parlerons de tout ça dès que nous nous reverrons mais en attendant je te souhaite la même chose, une vie pleine de rêves et de douceur (pour toi et pour Boubou !). Je vous embrasse très très fort tous les deux. A très vite ma Marie ❤

  2. Je suppose que ce quartier est chargé de souvenirs pour nombre d’entre nous! 🙂
    C’est une bonne chose que tu regardes désormais vers l’avant. Pour ma part, je vois toujours les rêves non réalisés comme des petits trésors que l’on garde dans un bocal un peu comme des lucioles … 🙂 Ils ne sont pas perdus, mais ils changent eux aussi et parfois on les ressort pour le meilleur! A très bientôt! Hâte que nos routes se recroisent au détour d’une tasse de thé! ^^

    • Merci ma Di-Day pour tes bons mots, comme toujours ! J’aime beaucoup ta petite métaphore sur les lucioles. Je pense que tu as raison : rien n’est perdu, tout se transforme… Même les rêves ! J’espère aussi te revoir bientôt pour d’autres papotages 🙂 Bonnes vacances en attendant si jamais tu pars un peu ! Je t’embrasse.

  3. En lisant ton article j’ai ressenti des sentiments de nostalgie, je comprends parfaitement ce petit coup de cafard quand on croise des traces du passé. Et quand on y pense c’est vraiment bête de rester là dessus, c’est bien que tu décides de vivre de nouveau souvenirs ! Ahah 🙂
    En tout cas c’est ce que je fais !
    Bisous 🙂

    • Tu ne te trompes en parlant de nostalgie et je pense qu’on en est tous « victimes » à un moment ou à un autre de notre parcours 🙂 Mais je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il est nul de rester là-dessus : la vie est beaucoup trop courte pour avoir des regrets. Ce sont des phrases qu’on dit souvent sans y penser mais qui sont bien réelles. Vive l’avenir et les nouveaux souvenirs, il n’y a que ça de vrai ! 😉 Et tu as parfaitement raison de suivre cette philosophie de vie. Je vais tâcher de faire la même chose dorénavant !!! Gros Bisous Sophie !

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