J’ai lu… « Treize raisons », de Jay Asher (un roman qui rappelle que parfois, un sourire peut sauver une vie…)

 

Hello mes petits survivor !

 

Aujourd’hui et au travers d’un livre que j’ai particulièrement aimé, je saisis l’occasion de parler d’un sujet toujours tabou mais pourtant très actuel : le suicide des adolescents. Il y a quelques années, on considérait que ce « phénomène » était marginal et isolé. Aujourd’hui, il se passe rarement une semaine sans que l’on ait vent d’histoires terriblement douloureuses : des adolescents, parfois même des enfants, passent à l’acte et font le choix de quitter ce monde. Derrière ces gestes, des réalités diverses : souvent, des « jeux stars des cours de récréations » qui tournent mal. Parfois, des gestes qui semblent mûrement réfléchis et ce malgré un très jeune âge. On dénombre plus de 80 000 tentatives de suicide chez les adolescents chaque année. Un chiffre glaçant, d’autant plus qu’il cache une autre réalité : un important taux de récidive. Avec près de 1000 décès par an, le suicide est la seconde cause de mortalité chez les adolescents. Ce sujet émouvant et très sensible est au cœur du livre dont je vais vous parler : Treize raisons. Jay Asher, l’auteur de ce roman young adults, a décidé de décrire ce phénomène sans langue de bois puisque la jeune fille qui est au cœur du récit passe réellement à l’acte. Toute la force du roman est dans la « justification » qu’elle donne à son geste. Là où tant de familles et d’amis sont brisés car ils n’auront jamais de réponses à leurs questions sur ce geste lourd de conséquences, l’héroïne du roman a choisi préalablement à son suicide de laisser des cassettes aux gens qui l’entourent afin d’expliquer son passage à l’acte… Une façon forte et émouvante de rappeler que parfois, un simple sourire suffit à sauver quelqu’un du désespoir qui le guette.

 

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Treize raisons
Se plonger dans l’histoire

 

Hannah Baker, jolie jeune fille pleine d’avenir que Clay appréciait beaucoup, vient de se suicider. Quelques temps après, le jeune homme trouve un mystérieux colis sur le pas de sa porte en rentrant du lycée. En l’ouvrant, il découvre avec stupéfaction une série de sept cassettes audio numérotées qu’il a pour consigne d’écouter avant de faire circuler le tout à la personne suivante (sous peine de voir les cassettes dévoilées à la vue de tous par une tierce personne qui a été mandatée par la jeune fille). Avec émotion, Clay y découvre la voix d’Hannah qui a pris le soin d’expliquer en treize raisons (équivalentes à treize personnes qui ont, d’une manière ou d’une autre, participé à son désespoir) les raisons de son geste. Sur chaque face, Hannah va s’attarder sur les petites anecdotes (mais pas toujours si petites que ça finalement…), les secrets, les relations humaines qui l’auront touché, faites souffrir et finalement détruite à petit feu sans qu’elle ne trouve de réconfort ni d’aide autour d’elle. Ces cassettes sont autant de bouteilles à la mer qu’Hannah envoie à ceux qui l’écouteront, mais il sera alors bien trop tard pour réagir et changer les choses… Clay, bouleversé, ne comprend pas pourquoi son nom figure sur les bandes. Lui qui a toujours secrètement eu le béguin pour la jeune fille et qui n’a jamais voulu que son bien se demande en quoi son attitude a pu précipiter le geste d’Hannah… Alors que sa voix résonne dans sa tête, Clay se plonge dans l’histoire de la jeune fille et va découvrir des évènements qu’il n’aurait tout simplement jamais pu imaginer. L’occasion de marcher dans les traces d’Hannah, de redécouvrir la ville derrière ses yeux et d’avoir une idée du calvaire qu’elle vivait chaque jour.

 

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Treize raisons
Je me lance ou pas ?

 

Ahhh l’adolescence, cette période ô combien bénie de l’existence ! Cette période où les différences et l’originalité sont allègrement pointées du doigt, cette période « marche ou crève » où deux options s’offrent généralement à l’ado : rentrer dans le moule et prier pour être accepté ou faire bande à part tout en priant (décidément !) pour que cette période passe le plus vite possible et surtout pour y survivre… Exagération ? Je ne pense pas… On dit souvent en « plaisantant » que les enfants / ados sont cruels entre eux, que cette constante a toujours été depuis que le monde est monde et que ce sera probablement toujours le cas. Mais que, dieu merci, personne n’en meurt ! Au pire, cela forge le caractère non ?! Hé bien non. Car tout le monde n’a pas forcément ni le « courage », ni la « force » de s’en sortir. Et quoi qu’il arrive, ce genre d’attitudes et de comportements laissent des marques et des cicatrices avec lesquelles il faut composer jusqu’à la fin de ses jours… Voici donc un livre qui ne peut pas laisser indifférent car chacun aura durant son adolescence probablement connu (au choix) moqueries, réprimandes, solitude, rumeurs… ou l’aura fait subir aux autres ! (bà oui, on peut aussi avoir été du côté « pestouille » de la barrière, ne nous leurrons pas ;)).

 

Je me suis donc plongée avec passion et intérêt dans ce livre, me demandant quel degré de fidélité il pouvait avoir par rapport à la réalité. Et je n’ai pas été déçue. Dès le début, nous découvrons une Hannah pleine de vie. Si pleine de vie qu’on ne peut décemment pas croire que la jeune fille pleine d’humour et de sincérité et qui parle avec tant de clarté et de cœur ait décidé de commettre un geste si… définitif. Alors on veut comprendre : pourquoi a-t-elle fait le choix de quitter ce monde ? Quelles raisons peuvent être assez « graves » pour en arriver à un geste aussi ultime ? Comment peut-on prendre la décision que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue malgré toutes les surprises qu’elle cache en stock ? Et surtout, comment est-il possible que personne, absolument personne n’ait pu la sauver ? Les réponses sont à portée de cassettes et tout comme Clay qui tourne les faces, nous tournons les pages fiévreusement, bien décidés à découvrir les causes du désespoir d’Hannah. Cette dernière est clairement le point fort, la lumière du roman. Sa voix, au-delà de servir de guide de bout en bout, apporte profondeur et émotion à l’ensemble. Je l’ai trouvé incroyablement forte et déterminée : au moment où elle a enregistré ces fameuses cassettes, son choix d’en finir était déjà mûrement réfléchi. Elle parvient donc, avec un courage époustouflant, à raconter les raisons qui l’ont poussé à cette décision extrême tout en étant tantôt drôle, tantôt acerbe, tantôt pleine de recul et de réalisme… N’importe qui d’un tantinet malin aurait dû avoir envie de la connaître vraiment. Mais ce ne fut pas le cas et cela causa sa perte.

 

Alors on suit le dédale de situations qui l’ont poussé jusqu’à ce point de non retour, on découvre bouche bée ses joies et ses peurs et on se dit que ce n’est tout bonnement pas possible. Sur la route de notre lecture se mêlent les thèmes propres à l’univers adolescent : premiers émois, amitiés qui partent à vau-l’eau, jalousie entre « amis », soirées où l’alcool coule à flot… mais aussi rumeurs destructrices, mensonges, accident mortel et même viol. Le roman prend alors une tournure plus noire et on reste stupéfait face à l’ensemble des évènements à effet « boule neige » traversés par Hannah mais qui s’imbriquent si parfaitement qu’on ne trouve jamais ça « trop gros ». Les différents éléments sont agencés de façon si complexe les uns par rapport aux autres que la multitude de faits passe comme une lettre à la poste. La construction du récit est intéressante et amène beaucoup de dynamisme à l’ensemble. Les paroles d’Hannah sont intercalées entre les pensées de Clay et cette double narration, un peu déroutante au début, nous permet de suivre le choc que représentent ces révélations explosives pour le jeune homme. Ce récit à deux voix leur permet d’être réunis jusque dans la mort : leurs sentiments s’entremêlent, d’abord la colère puis la tristesse pour Hannah, suivie d’une intense résignation lorsque sa décision d’en finir est prise. On sent à ce moment-là qu’elle est déjà partie… Quant à Clay, son monde change au fur et à mesure des révélations qui lui sont faîtes. Le drame se noue au fil des pages et tout comme le jeune homme, on est happé par ce récit d’une jeunesse gâchée à cause de la bêtise de quelques êtres humains et de l’ignorance de tant d’autres qui ont préféré fermer les yeux plutôt que de lui tendre la main. L’histoire est néanmoins complexe : il y a tant de personnages impliqués et de situations diverses qu’une seconde lecture ne sera pas de trop pour saisir les tenants et les aboutissants car on peut facilement s’y perdre !

 

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Comme prévu, j’ai particulièrement aimé ce livre sans prétention mais à l’histoire prenante et qui a le mérite de traiter d’un sujet bouleversant et dont on ne parle probablement pas assez. Quand on le referme, difficile de reprendre tranquillement le cours de sa vie, comme si de rien n’était. Il nous oblige à ouvrir les yeux sur les gens qui nous entourent et souffrent peut-être sans le montrer. Il nous apprend à être vigilant et à marquer la différence qui pourra peut-être sauver une vie. Ce roman enseigne aux lecteurs à faire attention avant d’agir car une parole, un geste peuvent parfois suffire à faire basculer quelqu’un vers un point de non retour, sans même qu’on ait conscience de la portée de nos actes. Difficile de décrocher de cette histoire prenante et sensible qui nous éclaire sur une réalité quotidienne. Car il ne s’agit pas seulement du passage à l’acte mais de tout l’engrenage qui précède, fait d’humiliation et de harcèlement, que doivent vivre des milliers d’adolescents chaque jour sans que cela ne préoccupe personne. Car on pense que « cela passera… ».

 

Le livre éclaire d’ailleurs sur un système scolaire particulièrement aveugle et sourd à la souffrance des enfants. Lorsque Hannah confie son mal être à l’un de ses professeurs, sa douleur ne trouve ni écho ni empathie. Elle réalise alors que si même les adultes ferment les yeux, il n’y a plus d’issue à sa peine. Lorsque j’étais au collège, l’une de mes camarades était un véritable souffre-douleur pour un groupe d’élèves. Les brimades, les insultes et les humiliations étaient quotidiennes. Tout le monde le savait, professeurs, surveillants, mais personne n’a jamais levé le petit doigt pour ne serait-ce que tenter d’améliorer les choses. Ce n’était que des « histoires de gosses », rien d’autre. Rien qui vaille la peine de s’en mêler… Si les choses n’ont heureusement pas tourné au drame, cela aurait pu mille fois arriver. Treize raisons nous montre que nous sommes aussi complices en laissant faire, en n’agissant pas. Il nous rappelle qu’Hannah, c’est moi, c’est vous, c’est notre petite cousine ou la voisine que l’on croise tous les matins avec son cartable en attendant l’ascenseur. Il nous rappelle comme le signale la couverture que « la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer… ».

 

C‘est un livre touchant, troublant et qui donne bien sûr à réfléchir. Car à la place d’Hannah, qu’aurions-nous fait ? Et à la place de Clay, comment pourrions-nous changer les choses ? La fin du roman, pleine d’espoir, montre heureusement que le changement est déjà en route… Ce livre à l’intensité crescendo devrait être donné à chaque rentrée scolaire à tous les élèves de France et de Navarre… juste au cas où. Pour informer sur ces violences quotidiennes qui, mises bout à bout, peuvent conduire au pire. Pour ouvrir les yeux sur cette réalité que nous ne voyons pas ou que nous choisissons d’ignorer. Cette lettre d’adieu est à lire absolument, davantage peut-être pour le fonds que pour la forme. L’occasion de comprendre comment une personne que l’on côtoie chaque jour peut brusquement décider que la vie n’a plus de sens et mettre en oeuvre tout ce qui est possible pour l’aider. A l’heure où les adolescents ne trouvent rien de mieux à faire que de créer des pages sur Facebook pour s’acharner et humilier massivement leurs camarades, on se dit qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et que nous avons tous un rôle à jouer…

 

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6 réflexions sur “J’ai lu… « Treize raisons », de Jay Asher (un roman qui rappelle que parfois, un sourire peut sauver une vie…)

  1. Tu as tout à fait raison d’évoquer le suicide des adolescents. Je me rappelle avoir lu il y a quelques années le livre « Mourir à 10 ans » de Claude Couderc, livre trouvé dans la bibliothèque de ma mère. C’était un livre qui était en plusieurs parties, chacune sur un enfant ou un adolescent. Parfois ça se terminait bien, parfois mal. Ce livre dont tu nous parles avec des mots toujours aussi bien trouvés, me tente vraiment mais pas pour un côté morbide bien sûr car même si c’est une fiction, ça me donnerait une idée nouvelle sur ce sujet car même encore maintenant, je ne comprends toujours pas ce geste chez un enfant ou un adolescent. C’est encore très tabou je pense. En tout cas, merci pour cet article. (j’espère une UNE pour toi et pour plusieurs raisons autre que ton écriture)

  2. Je trouve qu’on n’en parle pas assez et pourtant c’est une tragédie qui touche beaucoup de vies. Lecture intéressante je pense, car bien souvent on nous dit qu’au final toutes ces expériences douloureuses nous rendent plus fort. Je n’en suis pas si sûre.
    J’ai vécu les humiliations et brimades de mes camarades de classe à l’école primaire. le harcèlement à l’école est un sujet d’actualité, qui doit être pris au sérieux. Aujourd’hui tout est multiplié par 10 avec Internet notamment.
    Merci pour ce très bel article (comme toujours). Je t’embrasse bien fort en espérant que tu as passé un bon weekend de Pâques.

  3. Je ne connaissais pas ce livre et ton retour (déjà passionnant en soi) me donne très envie de m’y plonger. Quand tu évoques l’harcèlement à l’école qui tourne au drame, ça me fait penser à un l’excellent film mexicain Despuès de Lucia (petite merveille bouleversante de Cannes en 2012)! Je te le conseille.

    • Figure-toi que j’ai vu 2h37 il y a plusieurs années et je l’ai trouvé incroyable : un film coup de poing. A la fin on s’attend à tout sauf à ça, preuve que la souffrance n’est pas toujours inscrite au fer blanc sur le front de quelqu’un… Tu me donnes envie d’en parler sur le blog à l’occasion 🙂 En tout cas je te comprends pour le livre : ce n’est pas un sujet qui peut « tenter » tout le monde et je le comprends parfaitement. Belle soirée à toi !

  4. J’ai lu ton article avec beaucoup d’intérêt, ça m’a toujours « fascinée » ces personnes qui n’ont d’autre issue que de passer à l’acte. Est-ce de la lâcheté, de la faiblesse, une maladie tout comme l’anorexie ?
    J’ai tendance à penser que nous ne sommes pas tous égaux face au suicide, certaines personnes, qui traversent des choses terribles résisteront, là où d’autres auraient jeté l’éponge bien avant. Je ne pense pas forcément que ce soit les épreuves de la vie qui poussent au suicide, mais que c’est quelque chose, une « faiblesse » qui est là, en certaines personnes, dès la naissance, et qui bien-sûr sera surement amplifié avec les difficultés de la vie.
    En tout cas, ce livre me tente quand même. Merci pour cet article très bien écrit.

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