Ces personnes que l’on attend mais qui ne veulent pas revenir…

Hello mes amours,

 

La semaine dernière, en rentrant du travail et en zappant devant la télévision avant d’envisager d’aller rejoindre les bras de Morphée, je suis tombée sur une nouvelle émission proposée par la chaîne Chérie 25 : « Dans l’espoir de se retrouver… ». Comme son nom l’indique (pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple ?!), il s’agit d’une émission permettant aux gens qui ont perdu contact à un moment ou à un autre de leur existence de se retrouver. Quiconque ayant perdu de vue un membre de sa famille peut contacter l’équipe qui mettra tout en œuvre pour retrouver cette tierce personne. Si le concept vous rappelle quelque chose, c’est sûrement parce que « Perdu de vue », animé par l’inimitable Jacques Pradel, reposait quasiment sur le même concept. De façon plus récente, l’émission « Y’a que la vérité qui compte » jouait de la même manière les entremetteurs (de façon plus légère toutefois) en réunissant des gens ayant une révélation à se faire…

 

souvenirs

 

Je ne parlerai pas ici de la beauté de l’émission, du choix sublime des musiques qui accompagnent les témoignages, du travail époustouflant de l’équipe qui parvient souvent à réunir les gens concernés, parfois sur la base de très peu d’éléments. Non, ce qui m’interpelle le plus dans cette émission que je vous invite par ailleurs à découvrir à l’occasion, c’est ce fait précis qui m’a sauté aux yeux et à la gorge lors de son visionnage : l’être humain passe une immense partie de sa vie à chercher des gens qui ne veulent pas être trouvés. 

 

all-messes

 

Car on ne va pas se mentir : si certains reportages se terminent sur d’émouvantes retrouvailles et par de tendres embrassades, ce n’est évidemment pas toujours le cas. Parfois, ces personnes qui ont souvent disparues de la vie de leurs proches de façon délibérée ne veulent tout simplement pas être retrouvées. Et leur réaction est toujours éloquente : ils feignent de ne pas se souvenir de la personne à l’origine de cette recherche (parfois même leurs propres enfants…!) et ajoutent laconiquement qu’ils veulent qu’on leur « foute la paix ». Ils ont refaits leur vie, ont parfois eux d’autres enfants. D’autres bonheurs. Et clairement, ils ne veulent pas qu’on les emmerde. Ils ont évolué. Tout ceci avait une raison d’être dans une autre vie… Pas dans celle-ci.

 

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De toute évidence, ça ne les dérange absolument pas qu’en face, dans un univers qui ne les intéresse pas, dans une galaxie parallèle qui ne rencontre jamais la leur, une personne soit brisée, détruite, coincée à un statut quo et dévorée par le manque violent d’une personne qu’ils ne connaissent pas, qui ne mérite peut-être même pas d’être recherchée mais qu’elle a « idéalisé » et sans laquelle elle ne peut pas se construire. Les chiffres eux-mêmes sont éloquents : chaque année, près de 40 000 personnes disparaîtraient. Pour la moitié d’entre eux, il s’agirait de « disparitions volontaires », mûrement réfléchies et délibérées. Tout abandonner, familles et amis compris, pour tout recommencer ailleurs… Alors je m’interroge : pour 20 000 personnes abandonnant tout derrière elles sans espoir de retour, combien attendent désespérément qu’ils reviennent ? Combien de larmes versées, d’angoisses incontrôlées, d’heures passées à chercher des gens qui ne veulent tout simplement pas être retrouvés ? Pour combien d’entre eux le temps s’est arrêté le jour où la porte s’est refermée ?

 

how-do-you-say-goodbye

 

La journaliste qui se charge de ces douloureuses investigations est formidable d’empathie. Je ne sais pas comment elle fait : même si nous avons tous notre vécu, notre passé, nos cicatrices et nos casseroles que nous traînons souvent derrière nous comme de véritables boulets et qu’on ne peut jamais totalement juger ni se mettre à la place de ces personnes, je ne pourrais pas m’empêcher à sa place de les secouer comme des pruniers pour mieux les confronter à leur réaction violente, abjecte et sans âme. Pendant qu’ils vivent, d’autres sont littéralement bouleversés par la violence de ce manque qui engloutit tout sur son passage et qui leur permet tout juste de survivre. Mais ces gens s’en moquent et n’en ont cure.

 

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Alors la journaliste tente gentiment d’éveiller un peu de chaleur et d’émotions enterrées dans leurs cœurs secs comme des pruneaux. Vainement sans doute… Puis elle revient avec émotion vers les demandeurs qui sont déjà assez fêlés par la vie et minimise un peu la réalité (réflexe humain : qui aurait envie d’ajouter à la peine de quelqu’un qui est déjà accablé ?) : il ne faut pas perdre espoir, jamais. Ces personnes retrouvées sont forcément troublées, étonnées, sur la défensive. C’est le passé qu’on leur renvoie en pleine poire. Tout ceci les bouleverse, c’est tout juste s’il ne faut pas les ménager. Il faut leur laisser du temps. Le temps, peut-être, de revenir. Et en attendant, ce sont toujours les mêmes qui attendent, justement… Parce que la vérité, c’est que c’est justement cet espoir qui les tue.

 

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Il y a quelques jours, j’ai à nouveau regardé cette émission et j’ai pleuré de bout en bout. J’ai pleuré sur ces gens abîmés par la vie, sur leur peine qui ne se referme pas, sur les cicatrices béantes de leur quotidien qui font de leurs jours et de leurs nuits un enfer. J’ai pleuré sur leur fol espoir qui les sauve et les perd tout à la fois. J’ai repensé au texte fabuleux de ma douce Marie et je me suis dit que oui, mille fois oui, c’était une erreur sans nom de remettre son potentiel bonheur entre les mains d’une tierce personne, d’attendre qu’un autre nous sauve de l’abîme dans lequel on se trouve. Mais une erreur terriblement humaine.

 

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Il suffit de regarder à quel point ces gens dans l’attente sont brisés par la vie pour comprendre que l’être humain ne peut pas « se faire seul ». Et c’est incroyable de constater, lorsque les reportages se finissent bien, à quel point ceux qui étaient dans cette insoutenable attente semblent à nouveau « complets » subitement. Comme si la pièce du puzzle manquant à leur vie venait juste de prendre la place la plus importante dans leur cœur et qu’ils pouvaient respirer à nouveau. C’est une constatation effrayante je trouve. Comme s’il était totalement impossible de se remettre de ces blessures d’enfance, de ces épreuves sur notre parcours qui nous forgent plus que de raison. Comme si, sans l’approbation de cette personne qui n’a parfois pas même voulue faire partie de notre vie, nous ne pouvions ni avancer, ni nous construire… et encore moins guérir.

 

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Une de mes citations préférées dit que « certaines personnes se croient assez importantes pour être attendues indéfiniment… ». Peut-être est-ce à nous de comprendre que ces personnes ne méritent ni d’être attendues, ni de faire partie de notre vie. Si elles y avaient une place, peut-être en feraient-elle parties depuis longtemps…

 

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PS : Jusqu’au lundi 24 mars au soir, ma douce Marie (dont je me suis permise de citer l’un des si beaux articles dans ce papier) organise un joli concours pour célébrer (entre autres) la barre de ses 200 abonnés Hellocoton (comme elle le mérite ! ) et plus largement pour avoir le plaisir d’écrire et de partager ensemble. Si je n’ai malheureusement pas participer faute de temps (mais j’ai pu constater que de nombreuses personnes très talentueuses s’étaient lancées avec succès), je relaye quand même avec plaisir ce beau concours et je vous invite vivement à prendre part à l’aventure proposée par Marie. Vous trouverez tous les détails du concours ici alors laissez-vous tenter ! Et si vous ne connaissez pas encore les touchantes mais toujours pétillantes Chroniques de Marie Kleber (ce que je ne peux décemment pas croire soit dit en passant !), parcourez vite son blog. Il est à son image : sincère, apaisant, plein de bonté et de beauté. Un vrai joyau dans la blogosphère… A découvrir au plus vite ! Très bon weekend à tous.

 

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6 réflexions sur “Ces personnes que l’on attend mais qui ne veulent pas revenir…

  1. Bon alors je me réveille de ma sieste (j’ai rien trouvé de mieux que de boire un bon verre de pineau de mon grand-père et ce trop vite et la tête a tourné un sacré moment) et je viens de lire ton très bel article (comme toujours).
    C’est vraiment beau (l’émission et son principe) et pourtant, je n’arrive pas à comprendre pourquoi des gens choisissent de disparaître totalement de la vie de leurs proches. Il en résulte un mal-être comme le dit Stromae dans sa chanson « Papaoutai », un vide total dans la vie (cette fois, c’est Calogero qui le chante dans « Si seulement je pouvais lui manquer ») et plein d’autres choses qui ont des répercutions sur une vie voire plusieurs.
    J’ai pas Chérie 25 par ici mais quand ça arrivera chez mes parents, j’y jetterai un oeil car je garde un bon souvenir de l’émission de Pradel.

    PS : je n’oublie pas ta chasse et je t’envoie le prochain indice dans la semaine.

  2. Article très intéressant avec des réflexions et une conlusion très pertinentes, merci. L’attente oui, mais si ces personnes étaient décédées, il aurait bien fallu vivre sans elles, apprendre à vivre sans elles, apprendre à être entier sans elles…

    • Remarque très juste Illyria. D’ailleurs, il n’est pas rare que dans l’émission en question, l’enquête s’achève justement sur l’annonce du décès de la personne recherchée. Et ça a justement un côté terrible de réaliser que ces gens ont attendus toutes ces années un « fantôme » et qu’ils n’auront jamais les réponses à ces questions qui les empêchent d’avancer… Mais il faut bien vivre avec comme tu le dis si bien. Merci beaucoup pour ton commentaire ici et à très vite !

  3. Je reste sans voix devant tes mots si touchants, un beau témoignage d’amitié. J’attends de te serrer dans mes bras pour t’exprimer toute ma gratitude ma belle. D’acc!!!
    Oui il y a des gens qui partent et qui brisent des vies au passage. Quelques fois je me dis que c’est peut-être pour le meilleur, qu’il faudrait arriver à faire le deuil, même le deuil des vivants pour continuer à vivre, sans perdre de vue que nous sommes responsables de notre bonheur.
    Je crois, comme le dit la citation, qu’il faut s’intéresser à ceux qui en valent la peine, et laisser de côté ceux qui ne veulent pas faire partie de nos vies. C’est difficile à mettre en pratique mais je suis convaincue qu’on ne peut pas forcer quelqu’un à faire partie de notre vie contre son gré.

    Dure réalité.

    Grosses bises et prends bien soin de toi.
    A très vite.

  4. Je prends enfin le temps de découvrir ton blog! Et je tombe sur cet article plein d’émotions! Tellement vraies! Certaines personnes se croient assez importantes pour nous laissé dans cette attente… mais que c’est dur de se dire qu’on va les laisser de côté!
    Bises à toi, et à très bientôt 🙂

    • Merci beaucoup d’avoir pris le temps de parcourir un peu mon p’tit blog 😉 T’es adorable ! Comme je le disais tout à l’heure sur l’article de Marie, j’ai été plus que ravie de vous rencontrer toutes les deux : une très chouette rencontre à renouveler prochainement 🙂 Je t’embrasse en attendant !

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