La fille de l’ombre…

 

Nous avons tous de grands principes. Ou du moins, nous pensons en avoir. Des valeurs qui nous guident, des principes au nom desquels on s’affirme et on se bat. Ceux-ci peuvent être divers et variés mais en général, ils prennent leur source dans notre passé, dans notre vécu, dans notre quotidien : dans tout ce qui nous frappe et nous a remué, à un moment ou à un autre sur notre chemin. La plupart des êtres humains se mettent d’accord sur de grands préceptes à suivre : non, on n’assassine pas son voisin, même s’il joue de la batterie à 3 heures du matin (et même si c’est très tentant). On peut par contre user de la légitime défense si on se sent en danger. Nous sommes aussi d’accord pour dire que voler, c’est mal. Sauf s’il s’agit d’une pomme chipée sur un étalage par quelqu’un qui n’a rien avalé depuis trois jours. Comme pour presque tout dans la vie, on peut admettre que rien n’est ou tout blanc, ou tout noir. On pourrait aussi dire que l’être humain est plutôt efficace dès lors qu’il s’agit de se trouver des prétextes. Les principes que l’on croit ériger en modèles peuvent eux aussi subir des modifications au fur et à mesure de notre vie. On grandit, on évolue et notre évaluation du bien et du mal évolue en même temps que nous. Parfois, nous pensons que ces valeurs sont tout ce qu’il nous reste quand l’heure est grave. Qu’elles nous rappellent ce que nous sommes vraiment à l’intérieur, véritables bouées de sauvetage auxquelles se raccrocher quand tout est sombre. Et puis parfois, on s’en éloigne d’une façon si radicale que l’on est plus sûr de reconnaître la personne qui nous fait face dans le miroir.

 

alice-in-wonderland

 

J‘ai toujours eu le plus vif mépris pour l’infidélité et pour le mensonge en général. L’honnêteté est probablement l’une des valeurs que je prône le plus dans la vie de tous les jours. Très naïvement, je suis si honnête, si entière avec les personnes qui m’entourent que je m’attends tout naturellement à être traitée de même en retour (appelez-moi Candy…). Peut-être parce que j’ai vu ce que c’était que de voir une famille voler en éclats pour cette raison abjecte. D’en être littéralement un dommage collatéral, une cicatrice béante qui ne se refermera jamais. Les larmes, les mensonges, la duplicité, la souffrance. Ce sentiment de trahison qui n’en finit pas puis le vide, le vide intense qui nous glace le sang quand tout se termine. L’idée même de l’infidélité me donne aujourd’hui encore envie de vomir. Je fais partie de ces gens qui pensent effectivement qu’il y a plusieurs vies dans une vie, qu’amour ne peut sans doute pas rimer avec « toujours » mais qu’il est toujours possible d’agir le plus honnêtement possible, avec toute la droiture et les valeurs que nous avons en stock et qui nous caractérisent.

 

alice-au-pays-des-merveilles

 

Bien sûr, le mal est là : il est même déjà fait. Le mal est dans l’intention, bien avant le passage à l’acte. Dans tous les cas, cet autre qui se tient en face de nous va souffrir à cause de nous. Mais ne mérite-t-il pas, au moins au nom de l’amour passé, d’être traité avec respect ? Ne mérite-t-il pas d’être quitté avant d’être trompé puis remplacé ? On lui doit bien ça et sans doute bien plus encore. D’aussi loin que je me souvienne, dès lors qu’il m’a été possible de comprendre la notion même d’infidélité, je me suis promis de ne jamais faire subir cela à une autre femme. Devenir l’autre, une briseuse de ménage, la fille de l’ombre… Jamais je n’aurais pu me le pardonner, même au nom de sempiternels « sentiments » ressentis. Ces femmes, aussi coupables que les compagnons infidèles, ne trouvaient jamais grâce à mes yeux. Puis cette semaine, j’ai pris à nouveau en pleine face cette certitude que rien n’est ou tout blanc, ou tout noir dans la vie. Qu’une seconde, une seule situation peuvent suffire à nous faire traverser la si mince frontière que nous instaurons entre le bien et le mal et que nous avons mis tant de temps à bâtir.

 

alice-in-wonderland-advice

 

La semaine dernière, j’étais heureuse. Comme je ne l’avais plus été depuis très longtemps. L’écrire en est presque douloureux. Une sensation unique, hors du commun, de celle que l’on ne veut plus jamais lâcher une fois que nous la tenons enfin. Un bonheur que je croyais réel et partagé. Comment aurais-je pu savoir que j’étais « presque » sur le point de devenir la fille de l’ombre ? C’est étrange : je ne me cherche pas d’excuses mais j’ai beau rembobiné la bande dans ma tête encore et encore, je ne le pouvais pas. Vivre des instants suspendus avec l’autre, ressentir à nouveau des choses que l’on croyait enfouis depuis longtemps – peut-être à tout jamais – se laisser bercer par des promesses. Se sentir vivant. Se remettre à croire, d’abord prudemment puis franchement. On n’ose à peine y croire justement, de peur que tout s’évanouisse. Puis tout doucement, on se dit que nous aussi nous avons droit au bonheur de tout le monde. Pourquoi n’y aurait-on pas droit ? Comme chacun, on veut notre part.

 

nobody-ever-knows-anyone

 

Puis la chute, lente et douloureuse. Un doute, une petite recherche sur le net plus tard (les réseaux sociaux, l’invention la plus cruelle et la plus utile de notre siècle…) et le doute n’est plus, justement. Car quand on cherche, on trouve toujours… L’histoire est tristement banale : il avait une copine, copine dont il avait visiblement « omis » de vous parler. On regarde les photos défiler sur l’écran, on compare les dates et on se sent terriblement bête. Et terriblement seule, aussi. Ironie du sort : on se sent trompée. Trahie (et de fait, on l’est un peu, du moins sur la marchandise !). On en veut d’emblée à cette fille qui était là bien avant nous et qui a vécu des choses que nous ne vivrons jamais avec cette personne. Car tout vient de s’effondrer en un battement de cils. C’est terrible mais on aimerait être à sa place : dans la lumière. Je ne l’aurais jamais cru mais c’est le premier sentiment qui m’est venu. Le sentiment ultime de ne pas être à la hauteur, de ne pas mériter davantage, moi qui m’apprêtait à devenir une fille de l’ombre sans même le savoir.

 

daria-everybody-lies

 

Puis on réalise d’un seul coup que sa place n’est pas du tout enviable et que son bonheur est aussi factice que le nôtre. Que s’il a fait ceci avec nous, il n’y a absolument aucune raison pour qu’il ne l’ait pas fait avec d’autres. Que cette fille doit s’endormir chaque soir avec le sentiment intact d’être aimé par quelqu’un de bien qui la trompe allègrement dès qu’il en a l’occasion. Peu importe à quel point elle peut être belle, douce, intelligente, aimante, sincère : à ses yeux, elle ne suffit pas. Pourtant, ce n’est pas elle le problème… Après le choc, l’explosion que représente viscéralement cette annonce, on se dit qu’on a failli devenir tout ce qu’on s’était promis de ne jamais être. Failli car, dieu merci, dans un élan de principes et de valeurs auquel nous nous sommes raccrochés, on n’a pas été trop loin. Mais si on est honnête, on sait parfaitement qu’il s’en fallait de peu pour franchir le pas. Par chance ou par miracle, on a refusé de donner de sa personne aussi facilement et la tromperie n’a pas été consommée jusqu’au bout (mais comme je l’écrivais plus haut, le mal est déjà dans l’intention…). On s’en félicite (peut-être avions-nous senti tout au fond de nous que quelque chose clochait ?), peut-être aussi pour se déculpabiliser. Mais l’on s’en veut quand même. Et on souffre.

 

feel-so-real-and-be-so-wrong

 

On s’en veut d’y avoir cru, d’avoir cru que cette fois-ci quelqu’un allait nous aimer pour de vrai. On s’en veut d’avoir presque brisé le rêve d’absolu de cette fille qu’on ne connaît même pas et qu’on ne connaîtra jamais (même si on se doute que lui l’a brisé il y a déjà bien longtemps et continuera sans problème…). On s’en veut d’avoir été stupide et de ne pas avoir utilisé les réseaux sociaux avant même que tout ceci ne commence (réflexe abject mais révélateur de notre époque pourrie et qui peut s’avérer salutaire). Car même si ce fut bref, cela a existé.

life-would-be-perfect

Durant quelques semaines et même si je l’ignorais totalement, j’ai été la fille de l’ombre. Et la réalité m’a rattrapé. J’ai compris que parfois, ces femmes brisent un foyer, une harmonie, sans même le savoir. Dans ce cas précis, elles aussi deviennent des dommages collatéraux. Elles pensent rencontrer un homme sincère, elles pensent pouvoir enfin goûter au bonheur de tout le monde. Elles le méritent très certainement. Très naïvement à nouveau, c’est ce que j’ai cru aussi. Que je le méritais. Alors je me dis que mes valeurs – ces valeurs dont je vous parlais au commencement de ce texte et qui constituent le fondement de ce que nous sommes – m’ont sauvé tout de même. D’abord car j’ignorais tout de sa situation sentimentale et que je me jure que je n’aurais jamais rien commencé avec lui si je l’avais su au préalable. Ensuite car mon instinct (ou une grâce divine quelconque, allons savoir à ce niveau-là ?) m’a poussé à ne pas faire quelque chose que j’aurais très certainement regretté en découvrant ensuite son dirty little secret…

 

i-love-you-thanks

 

Ces valeurs me rappellent qui je suis, la manière dont j’entends être traitée mais aussi le respect que je témoigne aux autres. Elles me rappellent ce que je vaux. Elles m’ont peut-être sauvé cette fois-ci. Mais parfois, elles me blessent aussi, souvent cruellement. Car même si j’ai choisi le chemin qui me semblait juste, je me sens tout de même terriblement triste et seule à la minute où j’écris ce texte. Et personne, absolument personne n’a envie de ressentir ceci. Même au nom du bien. C’est un fait : faire les bons choix peut aussi blesser au centuple. Car ce qu’on veut, c’est être persuadé que tout ceci a un sens. On veut une épaule sur laquelle se reposer. Des bras qui nous serreraient très forts. Quelqu’un qui ne ferait pas seulement semblant de s’intéresser à nous mais qui le ferait vraiment. On veut être aimer, vraiment, définitivement, incontestablement, sans condition. Et compter pour quelqu’un, au moins une fois. On voudrait que cela marche. Mais en attendant, on apprend. On a pas le choix. On souffre de nos choix dont on ignore même s’ils étaient justes et on réalise que nous sommes tous pareils : nous ne sommes que des humains…

 

docteur-house-fine-not-happy

 

NEVER A FAILURE

ALWAYS A LESSON

 

game-over-thanks-for-playing

 

 

Publicités

5 réflexions sur “La fille de l’ombre…

  1. … que puis-je te dire à ça. Je comprends maintenant le temps qu’il t’a fallu à en parler (que ce soit à moi ou à d’autres lecteurs).
    Je sais que ce n’a pas été facile à écrire pour toi. Comment est-il possible qu’il existe encore sur cette Terre des hommes capables de cela ? Je ne comprendrai jamais au final.
    Alors oui, tu as pris la bonne décision même si ça fait mal. La trahison est un sentiment que je connais bien, un sentiment que j’ai vécu toute ma vie durant jusqu’à ce que finalement, la pire des trahisons arrive. On souffre comme jamais.
    Tu ne sauras jamais une fille de l’ombre, tu l’as dit toi-même, et s’il pouvait exister des personnes qui ont les mêmes valeurs que toi, ce serait tellement mieux.
    Je terminerai par cette citation qui, certes ne changera pas le court de ta vie mais qui peut peut être t’aider à moins souffrir : Pourquoi tombons-nous ? Pour mieux apprendre à nous relever.
    Tu va te relever de cette histoire et moi, je serai là ❤

  2. C’est un très bel article et j’avoue que j’admire ton courage d’en avoir parler ici, c’est quelque chose de difficile de se révéler et tu l’as fait avec prudeur et justesse.
    La trahison est un sentiment, je crois, qu’on connaît tous à un moment dans notre vie, et il fait mal ce sentiment. mais tu as su rester droite et fidèle à tes principes et même si tu as le sentiment d’y avoir failli, ne serait-ce que quelques instants, tu ne pouvais pas savoir et ce n’est pas ta faute. C’est lui le responsable, qui trahit et qui trompe sans se soucier du mal qu’il peut faire autour de lui, c’est dur de juger. Je te souhaite tout le courage du monde et j’espère que tu te relèveras plus forte de cette épreuve.
    Plein de courage à toi.

  3. Ton témoignage est magnifique et terriblement réaliste. Il doit être difficile de se savoir trompée, trahie. Il doit être difficile de renoncer aussi à un amour parce que nos principes nous l’interdisent. Mais ce qui compte c’est bien d’être en accord avec soi-même, avec ses valeurs.
    Ces hommes qui trompent semblent ne pas se soucier des femmes qu’ils laissent de côté. Tu es peut-être devenue, le temps de quelques battements de coeur, la femme de l’ombre mais tu as su t’en sortir. Sois fière de toi la belle, même si j’imagine que la chute est rude, la trahison difficile à digérer.
    Je pense bien fort à toi. Et je suis là si tu as besoin de te confier.
    Je t’embrasse et prends soin de toi.

  4. Pingback: Ecrivains en herbe #1 | Chroniques de Marie Kléber

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s