This is Halloween ! Je me fais peur en lisant… Lunar Park, de Bret Easton Ellis

 

Hello mes petits fantômes ! 

 

Après avoir bouclé American Psycho, je n’étais pas certaine d’avoir à nouveau envie d’ouvrir un livre de Mister Ellis de ma vie. Mais genre, never ever. Et puis c’est toujours le même scénario : vous tombez sur un de ses livres quand même. Vous le regardez, il vous regarde. Il vous regarde, vous le regardez. Doucement, vos doigts commencent à parcourir sa couverture. Et sans réfléchir, vous vous décidez quand même à l’ouvrir… Et le mal est déjà fait ! Si je ne regrette pas d’être venue à bout d’American Psycho, violent, gore et terriblement dérangeant mais qui reste un classique du genre avec une réelle analyse de la société contemporaine en toile de fond, je n’étais pas sûre pour autant d’apprécier le reste de son œuvre (surtout si elle se trouvait être de la même trempe). Puis j’ai lu sur le net que Lunar Park était considéré comme étant l’un de ses meilleurs romans et je me suis laissée tenter, sans même savoir de quoi il retournait. Résultat des courses, je l’ai dévoré (et apprécié) mais je reste persuadée d’être tombée sur un OVNI. Le genre de livres où il est quasiment impossible d’expliquer pourquoi il nous a plu. Mais vous me connaissez, je vais essayer quand même !

 

lunar-park-bret-easton-ellis

 

Lunar Park… Ça dit quoi ?

 

Monsieur Ellis en personne nous raconte dans ce roman une folle histoire qui lui est arrivée suite au succès d’American Psycho. Pour cela, il revient sur ce best-seller qui a changé sa vie d’une façon fulgurante, faisant de lui l’un des auteurs américains les plus controversés (et les mieux payés !) mais le plongeant du même coup dans les affres de la débauche, de la drogue et de l’alcool qui coulent plus qu’à flot dans ce milieu. Arrivé à un point de non retour dans sa vie, il décide de se ranger et de se racheter une conduite en épousant Jayne Dennis, célèbre actrice américaine avec qui il a eu un enfant une dizaine d’années plus tôt mais qu’il n’a jamais voulu reconnaître (clairement, si on décernait la palme du pire père de l’année, Ellis la gagnerait haut la main). Obsédé par la mort de son père survenue des années plus tôt et qui ne semblait pas non plus être un modèle du genre paternel (il dira d’ailleurs qu’il s’est inspiré de lui pour créer la personnage psychopathe de Patrick Bateman, ça laisse rêveur !), il espère très maladroitement parvenir à créer des liens avec son fils. La « joyeuse » petite bande part s’installer dans une grande maison à la périphérie de New York (car les grandes villes sont nocives pour les enfants qu’on bourre de toute façon de Ritaline…), Ellis se la joue clean (la drogue ?! Connais pas !) et enseigne quelques heures par semaine dans la fac voisine. Une vie saine et ordinaire en somme mais étrangement, le lecteur n’y croit pas vraiment… Et il a raison !

 

A la première fête (d’Halloween, mais c’est pas fait exprès) organisée dans l’immense demeure, les choses partent en cacahuète. Ellis retombe à nouveau dans ses vieux démons (sex, drogues and rock’n’roll) et en profite pour s’en créer de nouveau (comme si ceux-là ne suffisaient pas déjà !). Le résultat est détonant (pour ne pas dire totalement WHAT THE FUCK) : il est persuadé qu’un homme déguisé en Patrick Bateman s’est invité à la soirée. Dans la foulée, des tombes poussent dans son jardin. Les meubles changent de place tout seuls. La peluche de la fille de Jayne, un adorable petit oiseau, prend vie et devient un rapace sanguinaire et vorace. Plus ces apparitions le terrorisent et plus il boit. Et évidemment, plus il boit et plus ces apparitions le pourchassent. Et comme il est le seul à percevoir cette « paranormal activity », on a tôt fait de se dire qu’Ellis pète un câble et qu’il ferait mieux d’arrêter la défonce. Pourtant, très vite, la police l’interroge au sujet d’un inconnu qui semble prendre un malin plaisir à reproduire les meurtres dépeints dans American PsychoCreepy. Dans le voisinage, les enfants (toujours des garçons) disparaissent comme des petits pains et se volatilisent littéralement. Ellis perd pied dans ce décor plus que glauque et comprend rapidement que tous ces évènements pour le moins étranges le ramènent à la mort de son père. A la lecture, une question s’impose tout de même : peut-on vraiment faire confiance à un écrivain qui ne sait pas où il habite les trois quarts du temps ? Où se situe la frontière entre fiction et réalité dans ce roman horrifique ?

 

bret-easton-ellis

 

Lunar Park… Je me lance ou pas ?

 

Je l’ai dit en introduction mais il convient de le répéter : ceci est un OVNI. L’intrigue de ce livre ne ressemble à rien d’autre qu’à une grosse blague (mais une blague qui fait peur quand même). Au début, on se dit qu’Ellis l’a écrit en plein bad trip sous acide. Puis finalement, derrière l’horreur, la finesse apparaît. Et c’est là qu’on apprécie toute la grandeur, l’intelligence et le talent de cet auteur (qui a tout de même une case en moins). Moi qui n’ai jamais rien lu du grand Stephen King (pas par snobisme, ce genre n’est tout simplement pas ma tasse de thé), son nom s’est pourtant imposé à moi à différents moments de ma lecture, certains critiques comparant les deux auteurs. Mais au-delà du fait de jouer à se faire peur (tâche dans laquelle ce roman excelle car Ellis n’a pas son pareil pour faire frissonner à travers des descriptions creepy et horrifiques), j’ai surtout aimé qu’il s’amuse autant à jouer avec les apparences. Car derrière cet apparent bordel digne d’Amytiville, je pense surtout que Bret Easton Ellis est bien plus malin qu’il n’y paraît. Pour faire taire ses détracteurs et tous ceux qui avaient craché sur American Psycho, il leur fait un beau pied de nez (ou un énorme doigt d’honneur, au choix), en se mettant en scène en tant qu’écrivain hanté par sa propre « créature » et qui n’aurait plus de prise sur son œuvre. Pour celui qu’on a si souvent traité de cinglé, il fallait oser quand même !

 

citation-lunar-park-ellis

 

Si on met de côté l’aspect « maison hantée » assez flippant, le livre dévoile aussi de belles réflexions sur ces démons intérieurs qui prennent plaisir à nous hanter (et dont on a bien du mal à se débarrasser)  et sur les parfois chaotiques relations pères-fils. Ellis nous plonge dans ses peurs les plus profondes car il est clair que s’il n’excelle pas dans son rôle de père, il est littéralement hanté par le désamour que lui porte son fils et tout aussi fragilisé par ce père décédé qui n’a probablement pas été un modèle non plus et qui le laisse avec des bleus à l’âme… Une intense réflexion donc sur le passé, sur les blessures intérieures et sur la manière que nous avons de percevoir les choses différemment en devenant parent à notre tour. Ce roman complexe, déroutant et sans logique, cet OVNI littéraire parlera à nouveau ou ne parlera pas, comme je l’avais écrit à l’époque de ma découverte d’American Psycho. Certains y verront probablement du grand n’importe quoi et lui suggéreront d’arrêter la fumette (car vient un moment prodigieux où on ne sait plus : fiction, mise en scène ou réalité ? Rêve ou cauchemar ? Folie pure ou phénomènes paranormaux ?), d’autres seront étonnés de ce nouvel aspect du talent d’Ellis et apprécieront ce roman pour sa liberté de ton, dans la mesure où l’auteur se moque sans détour de la controverse suscitée par le succès d’American Psycho et y répond finalement d’une manière complexe mais bourrée d’humour en s’affranchissant des critiques du passé. Un roman horrifique parfait pour se faire peur au moment d’Halloween mais aussi pour cogiter et se remuer les méninges…!

 

Et toi lecteur, un roman qui fait frissonner à conseiller ?

 

Publicités

7 réflexions sur “This is Halloween ! Je me fais peur en lisant… Lunar Park, de Bret Easton Ellis

  1. Euh … oui ! Car j’allais proposer Dracula de Bram Stocker mais … j’ai eu une illumination (comme pour le mail d’hier soir que je t’ai envoyé) : Le Voisin de Tatiana de Rosnay. C’est comme dans les films de Hitchcock, d’ailleurs, elle cite Fenêtre sur cour, et elle y a reproduit une ambiance … OMG ! J’en ai eu des frissons. Le seul bémol est la fin qui est ratée à mon goût mais il n’empêche que niveau suspense … elle est très forte.

    • Oh bà c’est super ça car grâce à toi je vais pouvoir lire ce fameux « Voisin » sur ma liseuse !!! Je te dirai ce que j’en ai pensé ma No’ mais j’ai hâte car ça promet de changer radicalement de ce que j’ai lu d’elle jusqu’à présent… Je te fais de gros gros bisous ma Soeur Cosmique !

      • Oh là oui ! En fait, j’aurais pu te conseiller « Spirales » que j’ai chroniqué il y a pas si longtemps mais le côté angoissant est plus présent dans « Le Voisin » (« La mémoire des murs » aurait pu fait aussi son effet mais … peut être trop dérangeant). Sinon je pensais justement à toi car je viens juste de finir « Reviens mon ange de Jerôme-Arnaud Wagner, le livre de sa femme Emmanuelle qu’il a terminé. Ca mérite une bonne chronique celui-ci. 🙂

  2. Tu me donnes envie de le lire, je n’en ai lu qu’un de lui « Moins que zéro » et j’avais pas trop envie d’en lire un autre, c’était assez vain comme roman.
    Mais là … Ça me tente …

    • Hé bien tu vois, je n’ai pas lu « Moins que zéro » mais je commence à l’envisager ! On ne va pas se mentir, les livres d’Ellis et leur univers sont pour le moins étranges et je comprends sans aucun problème que certains soient complètement réfractaires à son style. Je ne pourrais pas dire que je suis une immense fan non plus mais rien que pour le personnage et les thèmes abordés, je me laisse plus volontiers tenter à présent ! Après, ça reste toujours très bizarre mais si tu te laisses tenter par celui-ci à l’occasion j’espère que tu reviendras me dire ton ressenti 😉 Belle soirée Aurore !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s