J’ai lu… « La Nostalgie heureuse », d’Amélie Nothomb (un retour aux sources aussi émouvant qu’insaisissable)

 

Hello mes petits cerisiers en fleur ! 

 

Quand je pense à l’Italie de mon enfance et à ce village authentique perdu dans les montagnes, j’ai toujours le cœur un peu serré. Je me perds dans les souvenirs de ces vacances heureuses, brèche dans le temps, émotions suspendues, et si je suis totalement honnête avec moi-même, c’est essentiellement la nostalgie qui m’assaille dans ces moments où je me perds dans le passé. La nostalgie et le désir profond de retrouver ce qui n’est plus depuis bien longtemps. Ce village où je n’ai plus mis les pieds depuis dix ans déjà. Et je me demande… Le soleil couchant laisse-t-il toujours autant de reflets embrasés sur les vitraux de l’Église ? La vieille balançoire est-elle toujours suspendue sous l’arbre centenaire ? Les rires des enfants résonnent-ils toujours autant sur la grande place ? Les villageois regardent-ils toujours les heures s’étirer lentement aux terrasses des cafés ? Et surtout : mes souvenirs me semblent-ils si beaux, si lumineux et si paisibles uniquement parce qu’ils sont si lointains que ma mémoire n’a pas pu s’empêcher de les embellir ? Serais-je plus en paix là-bas ? Je ne peux pas compter le nombre de fois où j’ai rêvé de faire mes valises, de sauter dans un avion et de répondre moi-même à ces questions. Puis je me rappelle subitement que dix ans, c’est terriblement long. Qu’il faut parfois mieux rester sur des souvenirs heureux. Qu’un pèlerinage de ce genre pourrait tout anéantir et qu’il vaut parfois mieux ne pas savoir… Amélie Nothomb, elle, a réalisé ce merveilleux périple sur les traces de son enfance ce qui donne lieu à un 22e roman tout en intimité et en émotion. Un roman qui m’a parfois déconcerté mais au sein duquel j’ai tout de même pris plaisir à me lover et qui me permet de poursuivre ce joli voyage littéraire commencé avec Mme Notomb il y a dix ans déjà, comme un clin d’oeil, lors de mon dernier voyage transalpin. Un voyage (intérieur) inédit qui plaira aux initiés et aux fidèles de l’auteur mais qui pourrait clairement déconcerter les autres…

 

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La Nostalgie heureuse… Ça dit quoi ? 

  

Amélie Nothomb est de retour sur les terres de son enfance et c’est un documentaire télévisé qui va lui permettre de renouer avec les premières années japonaises de son existence. Une équipe de tournage se propose en effet de la suivre au cœur du pays qui aura vu naître cette romancière de renom. Pour cette Belge qui a été marquée toute sa vie durant par le pays du Soleil levant, ce voyage s’annonce comme un pèlerinage tant rêvé et espéré. Une occasion unique de retrouver Nishio San, la douce nounou de son enfance qui lui a tant manqué et de rappeler Rinri, le fiancé éconduit de ses vingt ans. Une promesse de retrouvailles riches en émotion mais aussi en appréhension… Ne dit-on pas que le temps emporte tout avec lui, qu’on le veuille ou non ? De ce retour dans le passé qui la poussera jusqu’à Fukushima, terre de désolation, Amélie Nothomb partage avec nous ce que la caméra intrusive qui la suit constamment n’a pas pu dévoiler : les émotions intérieures et les sentiments si bouleversants qui font de ce flirt avec le passé une nostalgie qu’il faudra apprivoiser pour qu’elle devienne enfin « heureuse »…

 

« Je sais que j’ai besoin d’être sauvée. De quoi ?
D’un ensemble de choses dont beaucoup me sont inconnues.
Si je savais précisément ce qui me menace, je serais sans doute déjà sauvée. »

 

La Nostalgie heureuse… Je me lance ou pas ? 

 

La première phrase qui m’est venue à l’esprit après avoir fermé ce livre est la suivante : « Bon, bà voilà quoi… ». Quand mes proches – qui connaissent mon amour indéfectible (ou presque) pour les romans d’Amélie Nothomb – m’ont demandé ce que j’avais pensé de cette nouvelle œuvre, tout ce que j’ai pu en dire est à nouveau : « Bà voilà quoi… » (et croyez-le ou pas mais pourtant, je suis une bavarde !). Est-ce bon signe ? Franchement, après avoir ressassé cette lecture et l’avoir laissé décanter dans mon esprit, je peux enfin dire que oui. Mais il m’a fallu quelques jours de recul pour parvenir à cette heureuse conclusion… Au début de ma lecture, j’étais enchantée pour plusieurs raisons :

 

  • Les romans autobiographiques d’Amélie Nothomb, avec le petit grain de folie qu’on lui connaît tant, m’avaient follement manqués

  • Ni d’Ève ni d’Adam étant sans conteste l’un de mes livres favoris, j’étais plus qu’enchantée de retrouver Rinri, leur relation hors du commun et l’univers du Japon qu’elle dépeint comme personne et qu’il me tardait de retrouver

 

Pourtant, en bout de course, mon ressenti oscille tout de même un peu entre émotion et déception. Et j’ai beau tenté de faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre, je n’y parviens pas totalement. D’un côté, j’ai trouvé ce livre infiniment touchant. Amélie Nothomb s’y révèle comme jamais, avec une simplicité aussi touchante que déconcertante. Son écriture est parfois pleine de pudeur et de retenue mais c’est sans doute lorsqu’elle tente d’en dire le moins qu’elle s’y dévoile le plus… Personnellement, je ne sais pas comment elle a fait pour mener à bien un tel voyage sans que son cœur n’explose à chaque pas. A sa place, je suis sûre que j’aurais éclatée en mille morceaux en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Je me suis littéralement reconnue dans sa gestion de l’angoisse (l’envie de faire demi tour, les jambes coupées, l’obligation de s’asseoir sur un banc pour respirer et se reprendre… Tout un programme !) et j’ai aimé voir qu’elle a, aujourd’hui encore, le courage inouï d’aller au bout des choses. De la même manière qu’elle avait quitté Rinri des années plus tôt et fui une relation dans laquelle elle ne se reconnaissait pas, elle revient aujourd’hui boucler la boucle et se réconcilier avec le passé. Je pense qu’il faut un sacré courage pour contrôler ses peurs afin de mieux aller de l’avant. Tout le monde n’en serait pas capable…

 

Au travers de ce véritable voyage dans le temps, elle nous délivre aussi une vision du Japon en mutation, entre tradition perpétuelle figée dans le temps (à l’image des cerisiers qui n’en finiront jamais de fleurir et d’émerveiller quiconque les contemple) et blessures profondes que ce pays a subi (et surmonté) ces dernières années (le tremblement de terre de Kobé en 1995 et plus récemment la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011). Ce pèlerinage vers l’enfance pourrait sembler pesant et fantomatique et pourtant, il n’en est rien ! Comme seule Amélie Nothomb sait le faire, elle apporte de la lumière aux situations les plus dramatiques et aux cœurs les plus lourds, même lorsqu’il s’agit du sien. Son ton, son style, son humour si caustique sont toujours aussi plaisants et singuliers : je continue de me demander à la fin de chacune de ses lectures à quoi elle tourne pour avoir une écriture aussi aérienne et décalée mais c’est définitivement ce que j’aime le plus chez elle. Difficile donc de ne pas aimer ce témoignage bouleversant sur un passé révolu, sur une page importante de sa vie qui se tourne.

  

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« Le dîner se termine, Rinri va repartir dans sa vie.
La mienne est une succession d’adieux dont je ne sais jamais s’ils sont définitifs.
Je devrais avoir plus d’entraînement que le commun des mortels, c’est le contraire.
J’ai connu tant d’adieux que j’en ai le cœur démoli. »

 

Mais si nous sommes totalement honnêtes (et nous le sommes à n’en pas douter !), difficile de ne voir que les bons côtés de ce nouveau roman. Il est clair que s’il peut être lu avec beaucoup d’émotion et d’intensité par les aficionados de la dame au chapeau, il ne sera pas d’un fol intérêt pour qui ne l’a jamais lu. Qui n’a jamais suivi les pérégrinations de Miss Nothomb au Japon risque fort de vouloir piquer un petit roupillon. A ceux-là, je conseillerai sans attendre de se tourner vers le merveilleux Stupeur et Tremblements, vers le formidable Ni d’Ève ni d’Adam et vers l’étrange mais envoûtant Métaphysique des Tubes s’ils veulent (re)partir aux prémisses de la chose ! De mon côté, j’ai un peu regretté, sans doute pour des raisons qui lui sont propres, qu’elle ait attendu d’être sollicité pour un reportage afin de retourner enfin au Japon. Le caractère intrusif de la caméra m’a gêné et j’ai béni Rinri pour avoir refusé d’être filmé pendant leurs retrouvailles. Son roman aurait-il eu plus d’authenticité sans l’aspect documentaire qui le recouvre ? Nul ne peut le dire mais la question m’a tout de même traversé l’esprit devant certains passages un peu plus inconsistants.

 

Certains ont souligné l’écriture très « journal de bord » d’Amélie Nothomb dans ce roman. De mon côté, j’ai pris plaisir à l’imaginer noter ses impressions sur le vif, à brûle pourpoint, coucher ses émotions sur le papier tel qu’elle les a ressenti. D’un point de vue littéraire et malgré un humour qui me fait toujours autant rire (notamment son aparté sur les noms alambiqués de ses personnages de romans que des lecteurs passionnés – ou fous ! – n’hésitent pas à donner à leurs enfants), force est de constater que l’on est loin de l’Amélie truculente de ses débuts, à l’imagination fertile et débordante, à la plume magique et sans limite. Mais elle nous dévoile aussi une écriture plus apaisée et plus profonde qui ne manque pas de charme non plus. Au final, j’aimerais être née Japonaise et ne connaître, moi aussi, que cette « nostalgie heureuse ». Cette grâce qui leur permet de ne pas être amer et de regarder sereinement le passé, sans rancune ni tristesse. Juste le pouvoir de se réjouir d’avoir vécu des moments aussi uniques. La vie n’en serait que plus douce… Je quitte ce roman le cœur un peu lourd, troublée de voir que l’écriture de l’Amélie Nothomb qu’on a connu ne sera peut-être plus jamais mais consciente qu’il faut parfois voyager dans le passé pour se souvenir de toutes les facettes qui nous composent. Si ce livre n’est assurément pas l’un de ses meilleurs, il parlera à la sensibilité de ceux qui en ont… Ou ne parlera pas. Malgré des côtés un peu brouillon, il m’a tout de même touché en plein cœur.

 

Et toi lecteur, un avis sur l’oeuvre Nothombienne 2013 ?

 

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6 réflexions sur “J’ai lu… « La Nostalgie heureuse », d’Amélie Nothomb (un retour aux sources aussi émouvant qu’insaisissable)

  1. Bah pas encore car 1 : j’ai une PAL aussi longue et haute qu’un gratte-ciel, 2 : Amélie Nothomb j’aime mais à petite dose et 3 : bah en fait il y en a pas. Peut être que je tenterai mais pas pour tout de suite 🙂

    • Pour la PAL haute comme un gratte-ciel, je te reçois à 300% ma Holly !!! Puis même, quitte à lire du Amélie Nothomb, tu peux certainement trouver de bien meilleurs romans car celui-ci reste particulier quand on a pas forcément l’habitude de la lire. Gros bisous ma Soeur Cosmique.

    • Je viens d’aller lire ton (chouette) article (avec du retard car je rentre de vacances et je réponds donc bien longtempssss après ton commentaire, désolée) et effectivement nous avons vraiment le même ressenti sur le livre ! J’avais peur d’avoir été un peu trop « dure » dans ma critique (car depuis quelques années, les livres de notre chère Amélie Nothomb ne sont plus forcément à la hauteur de ceux de ses débuts) mais c’est agréable de voir que nous avons eu les mêmes émotions (et les mêmes interrogations !) en achevant notre lecture. Comme tu le dis si bien, c’est (et ce sera probablement toujours) un plaisir de la lire et de « voyager » à ses côtés mais parfois, je me dis qu’elle a perdu le petit truc qui faisait réellement sortir ses romans du lot… Attendons de voir le prochain pour trancher ! 😉 Bisous et merci pour ton commentaire en tout cas 🙂

  2. Je viens de terminer ce livre, et une fois de plus j’ai été enchantée. Un ouvrage émouvant, intéressant et intense. Je me suis sentie comme privilégiée de recueillir ainsi les confidences d’Amélie Nothomb. J’y ai trouvé de la poésie et des passages inoubliables ! Une lecture passionnante !

    • Merci d’avoir partagé ton avis ici Bressane 🙂 Je suis ravie que cette lecture t’ai touché à ce point ! Il est clair qu’Amélie Nothomb aura toujours ce style inimitable alliant émotions, poésie et surtout ce petit grain de folie que j’aime tant. Si à mes yeux ses premiers romans restent inégalables il est clair qu’elle dévoile avec « La nostalgie heureuse » une autre partie de son talent, plus intime sans aucun doute. Très belle journée à toi !

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