J’ai lu… Cousine K, de Yasmina Khadra (un roman court qui nous plonge au coeur de la folie pure et simple)

 

Hello mes petits lecteurs !

 

D‘aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un goût particulier pour les souffres douleur en littérature. Du Poil de Carotte de Jules Renard en passant par l’incontournable Folcoche qui martyrisait Brasse Bouillon dans le Vipère au poing d’Hervé Bazin, je relisais et je me délectais inlassablement des aventures de ces héros délaissés, parfois battus et souvent moqués par leurs propres familles. J’essayais de comprendre ce qu’ils avaient pu faire pour mériter un tel sort et un quotidien aussi sinistre et le fait qu’ils soient roux, rebelles à l’autorité ou simplement différents des autres membres de leurs familles ne me semblaient pas des arguments particulièrement valables ou convaincants. Quand je suis tombée sur Cousine K au hasard des dédales de ma bibliothèque, j’ai senti que ce court roman allait me plaire. D’abord pour Yasmina Khadra, l’incontournable, la valeur sûre, dont les magnifiques Hirondelles de Kaboul résonnaient encore dans ma tête et dans mon cœur. Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, ancien officier de l’armée algérienne qui prendra le nom de son épouse pour pseudonyme afin d’échapper à la censure militaire et dont l’histoire à elle seule semble tout droit sortie d’un roman… En moins d’une heure, j’avais lu et refermé Cousine K. En moins d’une heure, j’étais passée de l’euphorie aux questionnements et je sortais de cette lecture avec un avis un peu mitigé. Autopsie d’un roman dérangeant, étrange mais non moins marquant (preuve en est : j’en parle !)

 

couverture-cousine-k

 

Cousine K… Ça dit quoi ? 

 

Comme le ferait Quasimodo en observant le parvis de la cathédrale depuis l’une des tours de Notre Dame, un homme observe la ville, caché derrière une fenêtre, et se remémore les souvenirs tortueux de son enfance. Des moments terriblement douloureux à l’image de ce jour où il retrouva son père pendu dans la grange l’année de ses cinq ans. D’emblée, le ton est donné et l’ensemble de ce roman sera à l’image de cette découverte. La suite sera tout aussi tragique : une mère qui le déteste et ne prend même pas la peine de le nommer, trop impatiente de retrouver le fils prodigue, officier dans l’armée, qu’elle accueille comme le Messie à chacune de ses permissions et qui symbolise la perfection à ses yeux. Une cousine aussi belle que perfide qui s’invite régulièrement chez eux et prend un plaisir évident à s’adonner à un « trouble jeu » avec le narrateur qu’elle persécute sans détour malgré la candeur de sa jeunesse. Une enfance fantomatique passée à errer dans une maison où personne ne veut de lui et où il n’a pas sa place. Une relation des plus malsaines avec cette fameuse cousine d’une beauté froide, aussi fascinante que tyrannique, aussi cruelle qu’insolente mais qui ne la rend que plus obsédante et désirable.

 

« Je n’avais rien vu de plus grand que ses yeux.
Je n’ai rien connu de plus dur que son coeur.
Cette fille était, à elle seule, le jour et la nuit. »

 

Partout, la sensation d’être de trop ou justement de ne pas être du tout. La solitude absolue et le sentiment de n’être supporté par personne s’invitent progressivement à la noce et ne rendent ce roman que plus glaçant. Une atmosphère prenant à la gorge et empêchant de respirer… Comment, dans ces conditions, survivre au quotidien ? Comment rester sain d’esprit ? Entre fantasme d’une vie rêvée où il aurait enfin une place de choix dans le quotidien des autres et où il saurait être utile et réalité, toujours plus noire, le narrateur va progressivement perdre pied… Un roman qui explore la part sombre de toute âme humaine, comme si Docteur Jekill et Mister Hyde étaient les deux héros de cette sombre histoire. Mais lequel des deux prendra le dessus ?

 

Cousine K… Je me lance ou pas ? 

 

Après m’être délectée de l’écriture superbe de Yasmina Khadra, c’est pourtant la surprise la plus totale qui m’a cueillie arrivée au dernier mot de la dernière phrase. J’ai tourné vainement la dernière page, me disant qu’un épilogue se cachait probablement quelque part. Mais non. Difficile donc de ne pas ressentir un malaise pesant en tournant la dernière page de ce livre. La décision finale du héros m’a laissé littéralement sur les fesses (si vous me permettez bien sûr !). Subitement, on ne peut plus soutenir le petit garçon qu’on a pourtant pris en pitié dès la première ligne. Et j’en ai pour ma part ressenti un profond malaise. On ne peut malgré tout pas nier la puissance de ce roman, la tristesse latente qui se joue à chaque page et la nécessité de découvrir un dénouement qu’on espère d’abord heureux pour le héros. Mais en plongeant dans les méandres de son esprit tortueux et dans son introspection, on en vient à se demander s’il saurait seulement être « doué » pour le bonheur si celui-ci se présentait à lui. Si j’ai passé un très beau moment en me noyant littéralement dans les mots poétiques de l’auteur et dans la profondeur de l’histoire, la fin choisie par Yasmina Khadra m’a laissé perplexe et sur ma faim.

 

« Le temps passe et n’attend personne.
Toutes les amarres du monde ne sauraient le retenir.
Il n’a pas de port d’attache, le temps ;
ce n’est qu’un coup de vent qui passe et qui ne se retourne pas. »

 

Bien que ce roman court tienne plus de la nouvelle, j’aurais aimé que l’épilogue soit nettement plus approfondi. Il tombe comme un cheveu sur la soupe et m’a laissé pantoise, en prise avec mes interrogations. J’aurais sans doute préféré que la folie soit plus insidieuse et coule plus lentement dans les veines du héros (et dans celle du lecteur aussi !). Mais paradoxalement, ce choix voulu par l’auteur nous rappelle aussi qu’il n’y a vraiment qu’un pas à faire pour tomber dans la folie et nous pousse à nous interroger à son sujet : Comment se comporter « normalement » en société lorsqu’on a toujours été traité comme étant de trop, simple quantité négligeable, erreur de parcours ? Le héros aurait-il pu avoir une autre issue après une telle enfance, un tel départ dans la vie ?

 

« Nul n’est comblé. Il y a toujours un besoin quelque part, un oubli, un manque lancinant. On a beau se répéter que tout va bien, que tout est au mieux, ce n’est pas vrai. Que l’on habite dans un palais ou dans un gourbi, que l’on s’habille de soie ou de hardes, que l’on soit courtisé ou vomi, on a obligatoirement besoin de quelque chose, ou de quelqu’un. On implore un regard, un mot, un signe, et souvent nos prières les plus ferventes s’avèrent irrecevables. Pourquoi? Parce que c’est ainsi. Inutile de chercher la faille ; la faille est en chacun de nous, elle est toutes ces questions que l’on se pose et qui ne nous avancent à rien… »

 

 

Lui qui ne désire qu’être utile aux yeux des autres va petit à petit se déshumaniser et faire le pas de trop vers la folie pure. En voulant exister pour la première fois de son existence, c’est la liberté d’autrui qu’il va entraver. Mon ressenti en bout de course est donc en demi teinte : une admiration sans nom pour l’écriture de Yasmina Khadra, si imagée, si poétique, si poignante qu’elle nous touche en plein cœur et nous emmène dans un voyage puissant et évocateur au cœur des souvenirs du narrateur mais une déception marquée envers le héros et ses choix pathétiques, qui, au lieu de faire de ses blessures un tremplin, de ses faiblesses une force, cède au côté le plus « simple » et le plus trouble de sa personnalité. Des sentiments contradictoires qui m’empêchent de trancher pleinement sur cette œuvre noire mais d’une beauté esthétique véritablement indéniable…

 

 Et toi lecteur, un avis sur Cousine K
ou sur les oeuvres de Yasmina Khadra ?

 

Yasmina-Khadra

 

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7 réflexions sur “J’ai lu… Cousine K, de Yasmina Khadra (un roman court qui nous plonge au coeur de la folie pure et simple)

  1. Encore première ! (enfin je crois ?) Et bien je dois te dire que je n’ai pas encore lu un livre de cet auteur mais ça ne saurait tarder vu que mon pépé (et oui, en personne) m’a prêté « Ce que le jour doit à la nuit » (dont j’ai le film mais je veux lire le livre avant) histoire de découvrir cet auteur. Même si c’est un roman court, il ne me donne pas véritablement envie (même si j’aime bien les héros torturés (ndlr : voir ma chronique sur Dublin Street), j’avoue ne pas avoir spécialement envie de me plonger dedans) mais qui sait … je lirai peut être les « Hirondelles » ^^
    Bisous ma Soeur Cosmique et merci pour le SMS (la flemme de répondre ce matin).

  2. Ce livre fait partie de ceux que je n’ai pas encore lu. Pourtant j’ai une grande admiration pour cet auteur.
    Je crois que l’histoire me fait un peu peur, en cette periode difficile de ma vie, meme si ta critique et les passages que tu partages me touchent et me donnent envie de le decouvrir. Un peu plus tard peut-etre, quand dans ma tete les choses seront plus claires.

    Grosses bises ma belle. J’espere que tout va bien et que tu profites de ce bel ete.

    • Bien sûr ma Marie, je te comprends parfaitement ♥ Avec la lecture comme pour tout d’ailleurs, tout est question de feeling. Il ne faut rien forcer, écouter son ressenti ou ses a priori… Si tu en éprouves l’envie, tu pourras toujours t’y plonger plus tard mais en fonction de notre vécu, il y a certaines oeuvres auxquelles on reste hermétiques. Ça n’est pas grave ! Mais nous partageons cette admiration pour Yasmina Khadra quoi qu’il arrive 🙂 Mille bisous et pensées.

  3. Eh bien, un bel article que tu as rédigé-là ! :’) Au moins, ce livre t’a piquée à vif ! C’est une bonne chose. Je n’ai jamais lu de bouquins de cet auteur, malheureusement, et ton avis risquerait bien de m’y faire m’y intéresser de plus près. alors merci 🙂 la bise !

    • Oh merci beaucoup ♥ Oui il y a des lectures comme celles-ci qui nous tiraillent (au sens positif comme négatif d’ailleurs !) et ce sont finalement celles qui nous marquent le plus… Si je devais t’en conseiller un, ce serait réellement « Les hirondelles de Kaboul ». Un livre sublime, bouleversant et parfois très dur à lire mais qui laisse une trace indélébile ! Si tu as l’occasion, laisse-toi tenter. Bisous !

    • Ton commentaire est tellement adorable ma Cabane à livres ! Merci mille fois ! Et je dois te dire que c’est tout à fait réciproque : en plus d’être littéralement amoureuse du design de ton blog (vraiment très très beau), tes chroniques ou autres articles sont toujours superbes. Je suis fan et je suis ravie de faire partie de tes lectrices (et de te compter parmi les miennes ;)). Des bisous !

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