J’ai lu… American Psycho, de Bret Easton Ellis (avec un psychopathe, du sang et des morceaux de gens dedans)

 

Hello mes amours !

 

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Vous allez finir par vous demander si ce blog a vocation de devenir un blog littéraire ! Je vous rassure (ou pas d’ailleurs ?), ce n’est pas le but premier. Mais vous aurez sans doute remarqué que la lecture est une passion que j’aime partager. Les articles s’imposant à moi au gré de mon quotidien et de mes fantaisies (de façon totalement aléatoire donc), c’est un pur hasard si deux critiques littéraires se succèdent en peu de temps. Récemment, je me suis fait opérer des dents de sagesse (ce qui donnera sans doute lieu à un petit article tant ce fût drôle par ailleurs) et j’ai donc eu le loisir de lire un peu plus que d’ordinaire (chouette !). Je ne sais pas si le goût de sang laissé dans ma bouche après l’opération a influencé mon choix mais j’ai décidé, après avoir entendu parler de ce roman pendant de nombreusessss années, de me plonger dans American Psycho, l’oeuvre ô combien subversive devenue best-seller de l’américain Bret Easton Ellis. Hé bien mon estomac en est encore tout retourné… Laisse-moi t’expliquer pourquoi !

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American Psycho, ça dit quoi ?

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Patrick Bateman est un jeune, beau et riche golden boy de Wall Street. A 27 ans, sa carrière dans la finance est brillante et sa vie (en mode me, myself and I) semble idyllique. Il passe l’essentiel de son temps à dîner avec ses collègues, sa « petite amie » officielle Evelyn et ses nombreuses conquêtes non-officielles dans des restaurants hors de prix où seuls les gens « importants » peuvent avoir leurs entrées. Très prétentieux, matérialiste et égocentrique, il fait du sport, va chez l’esthéticienne, prend soin de lui et est obsédé par la mode (au point de pouvoir décrire de la tête au pied avec quelles marques les gens sont habillés – à croire qu’il a avalé les pages entières d’un catalogue fashion). Comme tous les gens de son milieu, il sniffe quelques rails de coke pendant ses afters dans les endroits les plus huppés de New York et ramène parfois une ou deux prostitués dans son appartement au mobilier hi-tech et dernier cri. Passionné de pop music, il adore les talk-show qu’il regarde avant de partir travailler, comme tout bon Américain qui se respecte. Persuadé de sortir de la cuisse de Jupiter, le jeune homme est arrogant et méprise le petit peuple qu’il ne côtoierait jamais s’il en avait l’occasion.

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Lvie de Patrick semble bien rangée et dans ce monde où les apparences sont reines, chaque jour est à l’image du précédent. Ou presque… Car derrière cette apparente tranquillité, rien n’est comme on l’imagine. Les gens se côtoient sans se connaître (ni se reconnaître), sa fiancée couche avec un de ses collègues (il fait donc la même chose avec la copine du collègue pour être à égalité) et l’argent à ne plus savoir qu’en faire finit par ennuyer. Dans ce chaos ambiant, le jeune homme a lui aussi un secret de taille et cache un aspect bien sombre de sa personnalité : Bateman est en fait un psychopathe prenant plaisir à torturer, tuer, dépecer ou encore vider ses victimes (et encore, je vous fait part du plus « soft » seulement), au gré de ses envies et de ses fantasmes morbides. Froid et calculateur, il ne ressent aucune émotion si ce n’est le mépris et la haine de son prochain. Car il n’est pas « seulement » un psychopathe aux tendances schizophrènes : Patrick est aussi raciste, misogyne et homophobe. Il déteste les pauvres, les enfants, les animaux et voue une haine profonde envers le genre humain dans sa totalité (le gendre idéal on vous dit !). Sa personnalité ne l’empêche pas d’être entouré car dans ce monde (pourtant fait de faux semblants) qui pourrait imaginer qu’une personne aussi inhumaine leur fait face jour après jour ? C’est pourtant le cas…

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American Psycho, je me lance… ou pas ?

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Quand ce roman est sorti dans les années 90, dire qu’il a fait scandale est TRÈS loin de la réalité. Bret Easton Ellis a même été obligé de prendre un garde du corps tant il recevait de menaces de mort… suffisamment sérieuses pour que la police craigne pour la vie de l’auteur. Plus récemment, on a pu lire que Rocco Luka Magnotta, le « dépeceur de Montréal » ce serait inspiré d’American Psycho pour mettre en scène son meurtre macabre. Ambiance. Avant de me plonger dans ce roman, je pensais que ce qu’on disait à son sujet était exagéré, comme souvent. Puis je l’ai lu. D’abord le soir, comme je le fais toujours. Puis en journée, ne pouvant tolérer de lire les descriptions immondes, sordides et souvent à vomir des scènes de tortures juste avant de me coucher. Dire que ce roman est dérangeant n’est donc pas peu dire. Pourtant, cette tension s’invite à la noce crescendo, tant et si bien que le début du roman est surtout terriblement ennuyeux.

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Clairement, il ne se passe RIEN. Les premiers chapitres sont composés de descriptions qui donneraient envie de dormir à un insomniaque (si si, vraiment. Essayez, vous verrez !). Dès que Patrick rencontre quelqu’un, il ne peut s’empêcher de détailler ce que ce dernier porte de la tête au pied (un homme capable de dire d’une femme qu’elle porte des ballerines Manolo Blahnik aux pieds, ce n’est même plus louche, c’est carrément suspect !), à croire que l’auteur a été sponsorisé par des marques pour qu’il les cite. On a également droit à une visite guidée complète de son appartement et de tout ce qui le rempli, de la marque du robot ménager en passant par le shampoing et par la crème de jour utilisés quotidiennement. En résumé, ces descriptions assommantes – au-delà du fait qu’elles montrent à quel point Bateman est un maniaque du contrôle – nous donnent surtout envie de refermer ce livre le plus tôt possible… Dans ce pavé de 500 pages, il faut ingurgiter près de 150 pages insipides pour que la première « action » pointe le bout de son nez. Pourquoi ne le referme-t-on pas pour de bon alors ? Peut-être parce que sous le calme apparent, on sent que la tempête n’est pas loin d’éclater.

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Esournoisement, insidieusement, presque subtilement, le mal s’invite au fil des pages. D’abord au détour d’une phrase. Entre le fromage et le dessert, alors qu’il est en train de parler de sujets ô combien intéressants avec les personnes qui composent « son » monde (qui part skier à Aspen cet hiver ? Avoir un banc à UV chez soi est-il vraiment utile ? Est-il préférable de boire l’eau minérale dans des bouteilles en verre ou en plastique ? – la vie des gens riches est décidément fascinante…), Patrick nous fait savoir qu’il aimerait volontiers voir la tête de son collègue au bout d’une pic ou dépecer sa voisine. Ambiance bis repetita. Ce qu’on prend d’abord pour de l’humour très (très, très) noir va s’avérer progressivement être LE cœur du roman : la perversité de Bateman. Petit à petit, la phrase sordide va devenir paragraphe, puis carrément chapitre (fait de délires et d’hallucinations de plus en plus nombreuses). Plus on s’enfonce dans le roman et plus le personnage sombre dans la folie, décrivant des scènes pornographiques assez immondes suivies de scènes de tortures particulièrement insoutenables (le tout toujours entrecoupé de scènes plus « banales » au restaurant où il se demande s’il doit opter pour le fois gras sauce madère ou la caille rôtie à la crème d’airelles… Normal quoi). On en vient presque à regretter les longuessss descriptions vestimentaires totalement indigestes (n’était-ce pas d’ailleurs la volonté de l’auteur de nous faire parvenir à ce revirement ?) qui semblent désormais bien acceptables en comparaison de ce qui nous est maintenant décrit par le menu. C’est dire…

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« Ce que je fais dans la vie ? Hé bien, je suis principalement
dans le domaine 
des meurtres et exécutions. »

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Plus sérieusement, que penser d’American Psycho ? S’il est clair que ce roman ne deviendra pas mon livre de chevet préféré (il est même très probable que je ne le relise jamais, ce qui n’est pas bon signe quand on me connaît bien), on ne peut pas nier quil reste construit d’une façon assez brillante. Bret Easton Ellis parvient à semer le doute dans la tête du lecteur d’une façon étonnante, tant et si bien qu’on en vient à se demander si ces meurtres sanguinolents ont déjà eu lieu ailleurs que dans la tête de Bateman. La personnalité de ce « pseudo-tueur » (mais vrai dément) fait à elle seule toute la force du roman. On espère d’abord qu’il va se faire attraper ou laisser des traces derrière lui. Puis on commence à trouver douteux qu’il tronçonne des corps dans son appartement à des heures tardives, qu’il y entrepose des cadavres en décomposition ou qu’il donne à la teinturerie des draps couverts de sang sans jamais être inquiété.

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Mais la question n’est pas tant de savoir si ces crimes ne font parties que de sa psychose délirante. On avance dans ce roman à tâtons, espérant que quelque chose arrive. Une lueur d’humanité peut-être ? Pourtant, les corps s’amoncellent, les meurtres se font plus cruels (un mendiant dans une ruelle, un enfant dans un parc, il est même question d’un avortement…) et Bateman reste hermétique, sans une once d’humanité ni de remords. J’ai regretté profondément cette absence de psyché chez l'(anti)-héros (reste à savoir si un tueur en série peut éprouver des sentiments). On aimerait savoir ce qui se passe dans sa tête, comment il en est arrivé là et quelle a été son enfance mais on n’en saura jamais rien. C’est selon moi la faiblesse majeure du roman mais paradoxalement peut-être aussi sa force. Cette absence d’informations sur l’histoire « personnelle » du personnage n’en est finalement que plus angoissante : une atmosphère assez étouffante plane sur le roman, pourtant incroyablement calme, aseptisé, presque « chirurgical » en apparence. On ne sait jamais quand Bateman va passer du côté obscur et qu’elle sera sa prochaine victime. Et c’est peut-être ce qui nous fait tenir jusqu’au bout. Cet homme pourrait finalement être notre voisin de palier ou le sympathique collègue qu’on croise tous les matins à la machine à café… Juste quelqu’un de « normal« .

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« Je suis un moi-même préfabriqué, je suis une aberration. Il y a longtemps que la conscience, la pitié, l’espoir m’ont quitté. Je n’ai plus de barrière à sauter. Ma douleur est constante, aiguë, je n’ai plus d’espoir en un monde meilleur. En réalité, je veux que ma douleur rejaillisse sur les autres. »
(Rare moment de « conscience » de Patrick Bateman – Image tirée du film du même nom mettant en scène Christian Bale – Citation extraite du roman)

Résultat des courses ? Il m’a fallu digérer ce livre (il n’y a vraiment pas d’autres mots !) pour le comprendre et finalement, pour parvenir à l’apprécier. Il m’a hanté pendant plusieurs jours après l’avoir refermé. C’est en y repensant à tête reposée, loin de la démence ambiante que subitement tout fait sens : au-delà de la folie du héros, c’est bien de la folie humaine que Bret Easton Ellis dessine un portrait au vitriol et montre les limites. N’est-ce pas cette société de consommation, ce règne absolu des apparences qui ont fait de Bateman ce qu’il est devenu, un produit, une marque, un être formaté sans foi et sans morale, sans désir ni espoir ? Dans ce monde de la finance sans merci, il n’apparaît que comme un pion sur un échiquier qui se contente de suivre les règles de ce milieu qui rend les hommes asservis. L’ambition et l’argent sont les dieux de ce milieu et deviennent le but ultime à atteindre pour ces hommes, la réussite suprême, quitte à y perdre leur âme et n’être plus que l’ombre d’eux-mêmes… Plus la vie de Patrick lui semble répétitive et vide de sens (Aller au restaurant – faire du sport – aller chez l’esthéticienne – aller au restaurant – faire du sport… : son quotidien n’est effectivement pas très excitant…) et plus ses meurtres se font violents et cruels. Les libertés dont il a été dépossédé dans sa vie, il se les accorde finalement dans sa double vie
nocturne
(ou dans son imaginaire ?).

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« Tu n’es pas réellement importante pour moi »

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C‘est ce vide de l’existence dans lequel nous sommes plongés, nous autres êtres humains, que veut nous montrer et dénoncer l’auteur d’une manière incroyablement cynique. Ne sommes-nous pas tous des robots branchés en mode « métro-boulot-dodo » et incapables de briser ce cercle vicieux ? Ce matérialisme porté à l’extrême et adulé par Patrick n’est qu’une façon de plus pour le héros de donner du sens à son existence qui en est dépourvue (pas seulement de sens mais aussi d’amour puisqu’il est incapable de donner quoi que ce soit à qui que ce soit) et de tenter de combler mollement les manques de sa vie. Mais l’argent n’achète pas l’essentiel… N’est-ce finalement pas cette réalité qui le blesse et sur laquelle il n’a pas de prise qu’il tente de « tuer » un peu plus chaque jour ? Les travers de notre société (le mépris d’autrui, l’ambition, l’égoïsme, l’individualisme…), la perte de nos valeurs ne nous aliènent-ils pas d’une certaine manière ? Cette déshumanisation et ce monde sans saveur au sein duquel Bateman semble survivre plus qu’autre chose sont finalement merveilleusement exploités au cœur de ce roman sans égal. Y parviendra-t-il ou ce combat s’avérera-t-il sans issue ? Alors finalement, American Psycho : œuvre du genre écrit par un génie littéraire et délivrant un vrai message sur une génération désenchantée ou roman de seconde zone bourré de violence gratuite ? Certains n’y verront probablement qu’une succession de meurtres et d’acharnements, sans logique et sans raison. D’autres y verront le symbole d’une société moderne qui peine à conserver son âme et se noie dans les apparences. Dur de trancher mais une chose est certaine, ce livre qui a fait couler beaucoup d’encre ne laisse personne indifférent… Un roman à lire au moins une fois, à condition d’avoir l’estomac (et le cœur) bien accroché.

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Et toi lecteur, un avis sur ce livre « coup de poing »
ou sur le film du même nom ?

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8 réflexions sur “J’ai lu… American Psycho, de Bret Easton Ellis (avec un psychopathe, du sang et des morceaux de gens dedans)

  1. Je ne connais pas et j’aime le suspens, mais là ça a l’air trop gore pour moi et je n’aime pas m’ennuyer au début des livres donc je passe mon tour pour cette fois ! 😉

    • Je comprends, clairement ce livre ne peut pas plaire à tout le monde 😉 Je suis comme toi, l’ennui dès le début d’une lecture c’est rédhibitoire pour moi aussi mais je mets un point d’honneur à m’accrocher. C’est très rare que je ne termine pas à un livre commencé. Parfois en creusant, on tombe sur de belles pépites et on se dit que si on avait lâché on ne l’aurait jamais su… 🙂 Bises !

  2. Tu me donnes envie de revoir le film…
    Après, je me dis aussi qu’il faudrait que tu sortes du rythme métro, boulot, dodo :p

    • Je n’ai pas vu le film mais j’aimerais beaucoup, même si j’ai du mal à imaginer une adaptation fidèle (tu m’étonnes, ça pisserait le sang par tous les trous et de tous les côtés si tu me permets l’expression…). Pourtant, j’ai vu la bande-annonce et Christian Bale a l’air super, on dirait que le rôle a été écrit pour lui. Ps : que veux-tu dire par là, tu as peur que mon côté sombre se réveille et fasse naître la psychopathe qui sommeille en moi ?! 😀 En effet, je devrais briser ce rythme « métro-boulot-dodo » avant qu’il ne soit trop tard !!! 😉

  3. J’en ai beaucoup entendu parler, mais ne l’ai jamais lu. Ni même vu. J’aimerais bien voir le film, mais le livre non. J’ai déjà lu qq Breat eston ellis, et ce « rien » m’incommode, et m’ennuie
    plutôt.
    Très bel article !

    • Merci beaucoup Aurore pour ce beau compliment et ravie que l’article t’ai plû 🙂 Une ami a vu le film et l’a trouvé (je cite) « très bizarre » ! S’il est fidèle au livre, l’atmosphère doit en effet être étrange. J’espère le voir aussi bientôt, je pense qu’il doit être bien plus soft que le livre et donc peut-être plus « digeste »… Pour ma part c’était mon premier Bret Easton Ellis mais j’avoue que je serais curieuse de voir son style dans ses autres oeuvres. Je vais peut-être me laisser tenter par « Lunar Park » qui a aussi été salué par la critique… A voir donc ! Merci pour ta visite ici 😉

  4. J’ai lu ce livre il y a pas mal de temps et vraiment j’avais bcp aimé ! Ton analyse est riche et très intéressante bravo ! Les années 90 étaient sans doute celles de la consommation effrénée,
    le
    contexte de ces années a bien nourri l’auteur pour « dessiner » chacun des personnages.

    • C’est certain que l’époque et le milieu (la finance !!!) n’arrangent sûrement rien à cette sur-consommation bien décrite dans le roman 🙂 Comme tu le dis si bien, Ellis n’a pas son pareil pour « construire » ses personnages ! Merci beaucoup pour tes compliments adorables, je suis contente que ma critique t’ai remémoré cette lecture que tu avais apprécié 😉 C’est vraiment un livre à découvrir voire même plus qu’une lecture : une expérience ! Bises et à bientôt.

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