J’ai lu… Les coeurs fêlés, de Gayle Forman (et j’ai compris que la liberté ne tient parfois qu’à un fil…)

 

Hello mes petits bibliophiles !

 

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un livre qui a une grande importance dans ma bibliothèque « young adult«  : Les cœurs fêlés, écrit par la talentueuse Gayle Forman. C’est d’abord le titre (que je trouve infiniment beau) qui m’avait interpellé et séduit au commencement. Puis je me suis littéralement laissée emporter par l’histoire – bouleversante – et par le panel de personnages – tous intéressants et complexes chacun à leur manière – qui compose ce joli roman. Pas d’amour ni de rupture au menu contrairement à ce qu’on pourrait penser à la vue du titre mais une histoire saisissante sur ce que la peur de l’autre et de la différence peuvent amener certains à faire…

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Les Cœurs fêlés, ça dit quoi ?

« N’avez-vous jamais fait ce rêve étrange et glaçant : celui où vous savez pertinemment que vous n’êtes pas folle mais où personne autour de vous ne semble du même avis ? »

Brit est une ado de 16 ans (rockeuse dans l’âme et cheveux teints de noir et de rouge !) comme on peut en croiser tous les jours dans la rue. A cette différence près que sa vie a basculé du jour au lendemain, lorsque sa mère a été diagnostiquée schizophrène et a brusquement quitté le foyer familial, ne reconnaissant plus ni fille ni époux. Après cette tragédie, la jeune fille tente de se reconstruire comme elle le peut et trouve du réconfort dans la musique en intégrant le groupe de rock « Clod » pour lequel elle devient guitariste et dont les membres s’avèrent être un véritable soutien au quotidien, à l’image du beau Jed. Et la vie suit son cours… (Très) rapidement, le père de Brit épouse une autre femme qui accouche d’un petit garçon. La situation est difficile à vivre pour la jeune fille dont l’univers a déjà littéralement explosé et qui se retrouve contrainte d’accepter cette nouvelle vie (avec le sourire s’il vous plaît !) et d’appeler sa belle-mère « Maman »… Renfermée sur elle-même (du moins chez elle) et rejetant l’autorité de son père qui la déçoit cruellement et qu’elle ne comprend plus, Brit va payer très cher l’incompréhension qui s’est installée entre eux au fil du temps.

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Prétextant un jour une sortie familiale au Grand Canyon, le père de Brit la conduit de force (et plutôt sournoisement de fait) à la Red Rock Academy, un camp de redressement pour « adolescents difficiles » perdu au milieu du désert (présenté comme un « centre thérapeutique résidentiel », on ne doute de rien !), au sein duquel il l’abandonne littéralement à une autorité « compétente » qui pourra traiter son « cas » au mieux et l’aider à s’en sortir. Sauf que Brit n’est ni malade, ni folle, ni rebelle. Ce qui pourrait la sauver – hormis la musique et Jed – serait l’amour et la compréhension que son père lui refuse désormais. La jeune fille se retrouve prise au piège dans cet établissement basé sur la peur et sur l’humiliation (drôles de méthodes pédagogiques…) où elle va vite devoir apprendre les codes et les règles…

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Sur place heureusement, Brit va se faire des alliés de taille et réaliser que toutes les « prisonnières » de ce camp ont été envoyées ici pour des raisons fantaisistes : Cassie est lesbienne (ou du moins se cherche-t-elle, comme bon nombre d’ados), Martha est trop grosse (en tous cas selon les normes de la société…), Babe aimerait « un peu trop » les garçons… Quant à Brit, les tortionnaires qui composent l’équipe pédagogique la diagnostiquent « rebelle à l’autorité » et déclarent qu’elle souffre de « troubles par opposition » (comme 99 % des adolescents qui peuplent la planète, en somme !). Les parents pensent à tort avoir envoyé leurs enfants dans un établissement agréable qui pourra apporter des solutions concrètes à leurs progénitures (c’est du moins ce que clament les publicités de la Red Rock Academy) mais ils ignorent ce qui se joue vraiment dans ces murs : le personnel n’est ni diplômé, ni compétent, les « pensionnaires » sont traitées comme des délinquantes et humiliées en permanence, isolées, surveillées, forcées à faire de longues marches dans le désert ou à porter des briques en pleine chaleur, leur courrier est lu et on ne leur remet même pas (pire, on s’en sert contre elles en « thérapie de groupe »…). L’enfer sur Terre. Les filles vont devoir unir leurs forces et faire preuve de ruse pour survivre dans ces lieux et faire éclater la vérité au sujet de la Red Rock Academy…

« C’était plus qu’injuste : cruel ; J’imaginais Martha lâchant prise au cours de la randonnée et personne pour l’écouter, personne pour la croire ; Et tout ça pourquoi ? Parce qu’elle était une ex-mince qui avait eu le culot de grossir ? Qu’avions-nous donc fait, les unes et les autres, pour mériter d’être ici ? Cassie aimait trop les filles. Babe aimait trop les garçons. Et moi ? Était-ce parce que je ressemblais trop à ma mère ? Parce que je faisais peur à mon père ? C’est à ce moment, en constatant la réaction de la direction de l’école devant ce qui était arrivé à Martha, que j’ai enfin compris. Qui ne tournait pas rond, Martha ou ses parents obsédés par la minceur ? Cassie ou ses parents homophobes ? Moi ou mon père avec ses obsessions ? Je commençais à y voir plus clair.

(…)

J’étais comme un volcan prêt à entrer en éruption. Quelque chose bouillonnait en moi. Ce n’était pas de la colère, mais de l’indignation et une résolution nouvelle. J’en avais assez de dépendre d’adultes cruels et incompréhensifs. C’était le monde à l’envers. Les adultes ne jouaient plus leur rôle. Ils s’étaient enfermés dans un cocon d’ignorance et voulaient nous faire croire que nous ne tournions pas rond. Nous ne pouvions plus avoir confiance en eux. Il n’y avait personne ici pour nous guider, pour veiller sur nous. Nous devions nous débrouiller seules. »

Un passage que j’aime particulièrement… (p. 191)

Les cœurs fêlés, je me lance… ou pas ?

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Est-il vraiment nécessaire que je réponde à cette question ? 😉 Contrairement à ce que pourrait laisser penser mon résumé, la force de ce roman est qu’il ne tombe ni dans le sombre, ni dans le mélo (vous êtes rassurés ?!), ce qui est (il faut le dire) un sacré tour de force. Nous ne sommes pas du tout face à une fiction comme L’herbe bleue ou à une biographie comme Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée (pour ne citer qu’eux), remplies de scènes violentes et sombres, bien que Gayle Forman se soit inspirée de faits réels pour écrire ce roman. Si vous souhaitez d’ailleurs voir un film qui remue les tripes sur la vie carcérale et la manière dont certains adolescents sont ou ont pu être traités dans certains camps de redressement américains, je vous conseille de voir « Sleepers », un film culte avec (entre autres) Brad Pitt, Dustin Hoffman et Kevin Bacon. Un film dont on ne peut vraiment pas sortir indemne et qui est dans mon Top 10 des films à voir. Toujours est-il que ce qui rend Les cœurs fêlés  aussi unique à mes yeux est la fraîcheur qui se dégage de l’écriture de Gayle Forman. Le sujet abordé est infiniment grave mais ces adolescentes ne perdent rien de leur volonté et de leurs personnalités qui donnent un vrai coup de soleil au roman. L’humour est même au rendez-vous ! Les héroïnes nous prouvent que l’espoir peut soulever des montagnes et que l’union fait la force quand on veut vraiment s’en sortir.

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Évidemment, il y a des hauts et des bas. Parfois, le groupe d’amies (rebaptisé « l’Ultra Sélect, l’Ultra Branché Club Fermé des Fêlées ») ne se comprend plus et les réactions de certaines étonnent. Mais l’amitié est là et ces sœurs de cœur vont se battre pour faire entendre leurs droits, à grands coups de réunions secrètes nocturnes et d’interrogations sur leur présence dans ce camp maudis. Pourquoi les a-t-on vraiment envoyé ici (surtout Brit qui pense que son horrible belle-mère est derrière tout ça) et surtout comment en sortir ? Ensemble, elles vont tout simplement tout partager, le « meilleur » comme le pire. On vit avec ces héroïnes ce huis clos angoissant et ces conditions de détention proprement ahurissantes et on ne peut s’empêcher de se demander ce que l’on aurait fait à leur place. Si subitement on nous privait de notre liberté de façon arbitraire et qu’on nous « coupait les ailes », que ferions-nous ? L’émotion et la transposition sont donc au cœur du roman. Au fur et à mesure, l’intrigue se dénoue et on comprend pourquoi le père de Brit l’a envoyé dans cet Enfer, bien que la peur n’évite pas le danger (maxime qu’il semble justement ignorer !). Difficile donc de rester indifférent face à cette histoire qui finalement nous concerne tous : qui ne s’est jamais sentie différent, hors normes et parfois jugé sur ces critères arbitraires ?

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Dans ce roman, ces ados (qui ne boivent pas, ne fument pas et n’ont de rebelle que l’image que les adultes se font d’elles) nous époustouflent de part leur maturité et on en vient à penser que ce sont les parents qui devraient être à leurs places. Car qu’attendent-ils d’elles finalement ? Qu’elles se conforment à la norme, qu’elles deviennent de parfaites petites filles modèles ? En un mot : qu’elles ne soient plus celles qu’elles sont ? Ce qui passe pour de la rébellion (puisqu’elles refusent tout bonnement de se soumettre) n’est en fait rien d’autre qu’une magnifique et puissante forme de courage. C’est donc un roman bouleversant mais à la fois fort en optimisme que nous offre Gayle Forman. Elle nous rappelle que quelques soient les épreuves que la vie peut mettre sur notre chemin et les tragédies que nous avons parfois à traverser, on peut sortir grandi de toutes situations tant que l’on reste fidèle à ses convictions. On referme cet incroyable hymne à l’amitié avec le sentiment de quitter une « famille » qu’on aimait sincèrement mais sans s’inquiéter pour elles : nul doute que ces adolescentes courageuses et fortes deviendront des adultes accomplies… et sans doute à l’écoute de leurs enfants.

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C’était le « conseil lecture » de la journée,
lecteur adoré !

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qui t’a particulièrement marqué :

N’HÉSITE PAS ! 

Je suis sans cesse à la
recherche de nouvelles lectures…

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8 réflexions sur “J’ai lu… Les coeurs fêlés, de Gayle Forman (et j’ai compris que la liberté ne tient parfois qu’à un fil…)

    • Tu m’as convaincu ! (surtout le petit passage que tu avais mis sur HC… mais qui ne semblait pas très drôle cela dit :D). Je le mets sur ma liste de livres à acheter prochainement 🙂 Ps : j’ai survécu ! Et je te raconte tout ça dès demain. Très bon dimanche à toi !

  1. Tu m’as plus que convaincue : déjà l’histoire change, ce qui est énorme, et ensuite si ça ne tombe pas dans le mélo je fonce ! Merci beaucoup pour ce conseil !

    • Je t’en prie Onee-Chan, avec plaisir ! Je suis ravie que mes conseils puissent intéresser les lecteurs qui passent par ici. Je découvre avec plaisir ta petite bibliothèque et je me suis abonnée avec intérêt 🙂 Au plaisir de te lire prochainement pour échanger d’autres conseils lectures ou autres 😉 Bises et bon dimanche !

  2. Tu me donnes envie, ça me fait penser au film « sucker punch » et au glaçant « never let me go. »

    • Ahh je n’ai pas vu Sucker Punch mais il avait l’air assez délirant comme film. Quant à Never Let Me Go, j’ai lu le livre qui est vraiment glaçant en effet (je n’aurai pas pu trouver mieux comme terme). Je pense en parler ici prochainement car c’est vraiment une histoire à ne pas manquer selon moi. J’espère voir le film un de ces jours, je n’avais pas eu l’occasion d’aller au ciné quand il était à l’affiche malheureusement…

  3. je l’ai lu il y a longtemps je me souviens plus très bien mon ressenti, mais je sais que j’avaisbeaucoup aimé!
    en litté jeunesse, en super bouquins tu as les claude mourlevat (le chagrin du roi mort, la combat d’hiver et terrienne)
    ds un autre genre: les chaussures italienne de Mankel
    La voleuse de livre (j’ai plus l’auteur en tête)
    bonne soirée

    • Super, de nouvelles suggestions pour combler ma boulimie de lecture 😉 Merci beaucoup !!! J’ai adoré La Voleuse de Livres (de Suzak il me semble) et j’ai entendu beaucoup de bien des livres de Mourlevat. Henning Mankel, je n’ai pas encore testé mais tu me donnes envie de me lancer. Merci pour les conseils et bonne soirée !

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