J’ai lu… Barbe Bleue (et je me suis demandée ce qui arrivait (encore !) à Amélie Nothomb

 

Hello mes petits lecteurs !

 

* Attention, ce qui suit pourrait dévoiler des morceaux de l’intrigue… *
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Dire qu’Amélie Nothomb et moi-même vivons une grande histoire d’amour depuis près de 10 ans est un bel euphémisme. Il y a déjà une décennie, alors que je cherchais un livre pour m’occuper durant les 15h en voiture d’un voyage vers l’Italie, un libraire me conseilla les yeux brillants Stupeur et Tremblements, d’une auteure belge que je ne connaissais nullement à l’époque. Convaincue par l’enthousiasme du professionnel, je repartis avec. « Vous m’en direz des nouvelles ! », me lança le libraire avec un clin d’œil alors que je quittais la boutique. Je n’étais pas arrivée au Tunnel du Mont Blanc que j’avais déjà terminé le chef-d’œuvre dont j’avais dévoré fiévreusement chaque mot. Je n’avais qu’une envie : lire l’ensemble de ses écrits !

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Dretour sur le sol français un mois plus tard, je m’offrais le reste de la collection que je dévorais à nouveau. Coups de cœur particulier pour Mercure, Cosmétique de l’ennemi, Antéchrista, Robert des Noms propres… et tant d’autres ! Chacun de ses livres dévoilait des intrigues uniques, des dialogues délectables, des personnages hauts en couleur et en originalité dont je ne me lassais pas. J’étais (et je suis toujours) littéralement piquée de la « Nothomb Mania ». Mais voilà, comme dans toute histoire d’amour, il est souvent difficile d’avoir un parcours sans faute du début à la fin. Depuis quelques années, la critique et les lecteurs tombaient d’accord pour dire que le fameux style nothombien s’essoufflait. Depuis Ni d’Ève ni d’Adam, les romans d’Amélie ne faisaient plus battre mon cœur de la même façon et je les refermais avec un petit goût d’inachevé. Mais, comme beaucoup de lecteurs, une fois touchée par la grâce de l’écriture de la dame aux chapeaux (non non, pas Geneviève de Fontenay voyons !), impossible de ne pas être fidèle au rendez-vous, chaque année, à la fameuse date clé de la sortie du nouveau petit bijoux tant espéré.

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L23 août dernier, c’est donc avec impatience que je ressortis de la librairie, le 21e roman d’Amélie Nothomb entre les mains ! La couverture me fascinait littéralement mais qu’allait vraiment donner Barbe Bleue, « l’Amélie Nouveau » ? Une heure après l’avoir ouvert, j’avais ma réponse.

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Barbe Bleue, ça dit quoi ?

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« La colocataire est la femme idéale. »

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Oconnaissait déjà le goût prononcé des Éditions Albin Michel pour les quatrième de couverture plutôt… épurées disons. La grande majorité des livres d’Amélie Nothomb n’est définie que par une phrase tirée du roman et souvent finement choisie. Que dire de celle-ci si ce n’est qu’elle m’a laissé pantoise et qu’elle n’est sans doute pas la plus appropriée ? Sa référence (et petite pique au passage !) à Twilight (si si, elle a osé) aurait eu plus de sel :

« J’ai voulu que vous ne soyez pas un assassin. Je suis une idiote dans le style d’aujourd’hui (NDLR Bella, si tu passes par là…). Récemment, un best-seller mondial a prétendu qu’il y avait des vampires gentils et innocents. Les gens ne sont jamais aussi contents, désormais, que quand on leur affirme que le mal n’existe pas. Mais non, les méchants ne sont pas de vrais méchants, le bien les séduit, eux aussi. Quelle espèce de crétins abâtardis sommes-nous devenus pour gober et aimer ces théories à la noix ? J’ai failli marcher comme les autres. »  (p. 127)

Mais soit, ne nous arrêtons pas à une seule phrase maladroitement choisie !

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Barbe Bleue, je me laisse tenter… ou pas ?

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Saturnine (merci Amélie pour cette fidélité au prénoms improbables qui me font un peu plus rire chaque année !), une jeune Belge (comme souvent) est lassée de dormir sur le canapé de sa copine Corinne, à Marne La Vallée, alors qu’elle enseigne chaque jour à l’École du Louvre. Aussi, lorsqu’elle entend parler d’une colocation en plein cœur de Paris pour la modique somme de 500 euros par mois, elle n’hésite pas une seconde avant de se présenter au lieu du rendez-vous… où ne sont étrangement conviées que des femmes. Mais elle ne connaît pas encore la réputation sulfureuse du propriétaire des lieux, le noble Don Elemirio Nibal y Milcar… Celui-ci aurait en effet déjà fait disparaître les huit jeunes femmes qui ont partagées cette colocation à ses côtés. Mais que cache réellement cet homme qui vit reclus depuis près de vingt ans ? Qu’est-il advenu des jeunes femmes qui ont élues domicile ici ? Et que cache Don Elemirio dans la fameuse chambre noire que Saturnine ne doit visiter sous aucun prétexte, sous peine de représailles ?

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Dès les premières pages, j’ai été plus que séduite par l’intrigue et, bien sûr, par l’écriture fluide et toujours aussi addictive de Mme Nothomb. Le titre, qui a évidemment tout à voir avec le fameux conte de Charles Perrault, m’a d’emblée fasciné. Cette réécriture promettait une belle et moderne adaptation de ladite légende. Don Elemirio pouvait-il vraiment être un monstre sanguinaire, un tueur de sang-froid ? Je ne demandais qu’à en savoir plus. Et de fait, ce roman tient (comme souvent) ses promesses, tant du côté du suspense que des dialogues dont Amélie Nothomb a fait Art.

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Mais (car il y a bel et bien un mais), dès les premières pages, j’ai trouvé l’intrigue assez déroutante : on vous prévient que le propriétaire de l’appartement que vous convoitez a très certainement liquidé les huit pauvresses qui vous ont précédées mais vous courrez quand même ? (bé oui, un appart’ en plein Paris pour 500 euros par mois, ça ne se refuse pas banane, peu importe le risque à courir !). Une espèce d’illuminé se déclare fou amoureux de vous en une soirée parce que vous vous léchez les babines devant l’un de ses desserts… mais vous acceptez quand même de dormir tranquillement dans la pièce d’à-côté ? Mieux que ça, vous tombez à votre tour amoureuse de lui en l’espace d’une nuit par l’opération du saint esprit (alors que vous le méprisiez la veille) et cela en moins de 100 pages ? Mouais (j’ai conscience qu’il n’y aurait pas d’histoire sans cela mais tout de même, pas très crédible tout ça Miss Nothomb ! Vous nous avez habitué à plus fin…).

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Passons ces quelques incohérences qui m’échappent sans doute car je suis un brin trop terre à terre. En avançant dans ma lecture, un second malaise s’est emparé de moi. L’histoire me parlait et me passionnait définitivement, sans que je parvienne clairement à comprendre pourquoi. J’avais une très étrange impression de déjà-vu. Puis d’un seul coup : la révélation. L’ambiance très huis-clos du roman et la notion d’interdit n’était pas sans me rappeler Mercure, l’un des grands succès d’Amélie Nothomb, ainsi que le Syndrome de Stockholm qu’Hazel ressentait pour le Capitaine et qu’on retrouve ici, dans une moindre mesure. Une des scènes en est d’ailleurs totalement similaire, hormis l’arme utilisée ! La relation entre Don Elemirio et Saturnine, leurs joutes verbales (véritables parties de ping-pong) et la plupart de leurs débats, je n’ai pas pu m’empêcher d’y faire un parallèle avec le premier succès de l’auteur, Hygiène de l’assassin, et l’excellent personnage Prétextat Tach. Enfin, le champagne, élément récurrent du roman, m’a bien sûr évoqué Le Fait du Prince. Ce que j’ai d’abord pris pour un clin d’œil ou une sorte de running gag entre elle et ses lecteurs s’est révélé finalement être un point fondamental du livre, alors que cela avait déjà été le cas quelques années plus tôt…

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Alors syndrome de la page blanche (impossible n’est pourtant pas Nothomb), manque d’inspiration ? Je l’ignore, mais j’ai parfois eu le sentiment en lisant Barbe Bleue qu’Amélie s’était posée devant sa bibliothèque et avait fait « plouf plouf » devant ses précédents romans pour savoir lesquels composeraient sa nouvelle intrigue… Que voulez-vous, c’est probablement là le paradoxe de la lectrice exigeante : nous espérions vivement qu’elle retourne vers ses premiers romans (ce qu’elle fait incontestablement dans celui-ci) mais sans doute pas tant ! (de la mesure avant toute chose…). En comparaison, je crois que ses derniers romans qui m’avaient pourtant moins séduits, avaient au moins le mérite de proposer des intrigues originales… et inédites ! (à l’image de Tuer le Père ou d’Une Forme de Vie).

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Pour conclure et malgré ces quelques points qu’il convenait de souligner, j’ai pris beaucoup de plaisir à passer cette heure en tête à tête avec Amélie Nothomb et ses univers décalés, comme chaque année. Son écriture reste inchangée : subtile, concise. Ses phrases courtes et tranchantes emmènent très loin au cœur d’un huis clos qu’on partage nerveusement avec les protagonistes. Don Elemirio est-il un meurtrier ? Si oui, où sont donc les corps et quel secret se cache réellement dans cette fameuse chambre noire ? Saturnine transgressera-t-elle l’interdiction ? (ce que j’ai personnellement espéré pendant l’ensemble de ma lecture…). Au cœur de cet affrontement savoureux entre les deux personnages, on découvre deux fortes personnalités, chacune à leur niveau, et on retrouve l’Amélie Nothomb des débuts, à la répartie cinglante, aux débats métaphysiques, aux dialogues délectables et finement menés, à l’humour caustique… tout cela sur fond de suspense meurtrier.

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Au fil des dialogues, l’intrigue se fait et se défait et on découvre que la femme (cette fourbe !) ne saurait garder intact le jardin secret d’un homme sans aller fourrer son nez partout (sérieusement ?!). Devrait-elle pourtant forcément payer de sa vie le prix de cette infamie ? J’attendais l’ultime transgression : elle n’arriva point. Saturnine restera « sage » et parviendra à ses fins force de persuasion… et de patience. Habituée des romans courts, Miss Nothomb ne s’embarrasse de nouveau pas des détails et nous amène à l’essentiel. Conséquence : une fin abrupte, étonnante certes mais nous laissant un peu sur notre faim. De ce roman intelligent et habile, on ressort étrangement déboussolé, avec la certitude d’avoir entre les mains une pépite à laquelle il ne manquerait qu’un peu d’audace pour parvenir à son paroxysme mais qui fait toutefois écho de façon plaisante (et voulue ?) au premier succès d’une (très) longue série : Hygiène de l’assassin. Ne reste plus que 365 jours et des poussières pour pouvoir se délecter à nouveau du dernier cru nothombien…

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14 réflexions sur “J’ai lu… Barbe Bleue (et je me suis demandée ce qui arrivait (encore !) à Amélie Nothomb

  1. Bien bel article, meme si Amelie Nothomb reste pour moi une enigme. J’ai souvent ete tentee de la lire, mais n’ai jamais ete convaincue. Et pourtant je pense qu’en tant que lecteur on devrait
    s’initier a tous les styles.
    Alors a suivre……..peut-etre pourrais tu m’en conseiller un pour debuter.
    Bises et belle journee!

    • Merci ma Marie pour ton commentaire qui me fait un immense plaisir, comme toujours ! Si tu en as l’occasion (et surtout l’envie car il ne faut rien forcer, même en lecture !), je te conseillerais vraiment de te laisser tenter par Stupeur et Tremblements (récit autobiographique où elle raconte son expérience dans une entreprise japonaise… c’est savoureux !) ou Antéchrista (une fiction brillante qui parle de Blanche, une jeune fille timide et solitaire qui va rencontrer Christa, une fille qui est tout son contraire… Cette amitié va vite se révéler extrêmement néfaste pour Blanche que Christa « contrôle » de plus en plus… mais je n’en dis pas plus !).

      Ce sont mes deux romans préférés de Mlle Nothomb mais la lecture est une passion si subjective que j’espère de tout coeur qu’ils te plairont si tu décides de t’y plonger 🙂 C’est vrai qu’Amélie Nothomb est un mystère, souvent on aime ou on déteste mais j’aime les personnes qui choisissent de se faire leur propre opinion. Tout comme toi j’aime m’ouvrir à tous les styles mais on a bien sûr nos préférences ! Tiens-moi au courant si tu décides de te laisser tenter 😉 Bonne fin de soirée, bisous !

  2. Merci pour cette critique détaillée ! C’est terrible, je vois bien une petite future déception pointer le bout du nez, mais je vais sans doute craquer et tout de même bientôt le lire, je pense.
    Rahhh, pas facile de résister.
    Nathalie

    • En effet Nathalie, pas facile de résister (je suis bien placée pour le savoir !!!). Je te conseille tout de même de tenter car les ressentis que l’on a face à une lecture sont si personnels qu’il ne faut pas faire de généralités (je suis un peu trop exigeante je l’avoue !). Je serai ravie de connaître ton avis si tu décides de le lire 🙂 A très bientôt et merci pour ta visite !

  3. J’apprécie Amélie Nothomb, mais c’est peut-être parce que je n’ai lu que deux de ses romans en quatre ans… Peut-être en as-tu trop lu, c’est comme pour toutes les bonnes choses : on s’en
    dégoutte…

    • Merci beaucoup pour ton commentaire Ys 🙂 Je ne dirais pas que je m’en dégoûte (ce n’est pas en tout cas le message que je veux faire passer) mais il est vrai qu’à force de les avoir tous lus avec intérêt, il est probable que je sois moins facile à « convaincre ». Elle nous a habitué à tant d’intrigues brillantes qu’il est difficile (voire impossible) de continuer éternellement sur cette lancée. Mais je reste fidèle malgré tout !

  4. J’ai retenté l’expérience après Les Catilinaires, et ce n’est vraiment pas pour moi.

    Ce petit livre dialogué m’a paru creux et à peine drôle, même si j’avais beaucoup d’attentes au départ.

    • Bonjour Paulette et merci pour ce commentaire ! Effectivement, parfois il ne faut pas insister. Je pars du principe que la littérature s’adresse directement au coeur… ou pas ! Certes, ça vaut parfois le coup d’insister (on peut toujours avoir de bonnes surprises) mais si ça ne veut pas ça ne veut pas 🙂 A bientôt !

  5. Cosmétique de l’ennemi, mon premier (emprunté à la médiathèque) qui m’a fait emprunté ensuite tous les autres disponibles comme stupeurs et tremblements.

    Des chefs d’oeuvres tout simplement et là j’hésite à lire ce dernier tiens. Mais c’est un Nothomb et rien que pour ça je pense que je le lirai, un jour quand il sera dispo à ma médiathèque :p

    • Oui je te conseille vivement de l’emprunter à l’occasion ! D’autant plus si tu es une inconditionnelle de ses romans, il y a vraiment peu de chance que tu sois déçue 😉 Merci pour ton passage ici !

  6. Loin d’être une fan de cette auteure, j’ai cependant beaucoup apprécié ces récits autobiographiques. Délectables !
    Je suis beaucoup plus difficiles avec ses oeuvres fictives et j’y ai trouvé beaucoup de moins bon.
    Bon, en sortant un livre par an, il ne faut pas s’étonner non plus.

    Donc celui-ci, pourquoi pas, mais quand il sortira en poche !

  7. Je n’ai pas lu Ni d’Eve ni d’Adam, et là, j’avoue que ton article ne me motive pas trop pour le dernier Nothomb, malgré toute l’admiration que j’ai pour elle. Je crois que je vais m’occuper d’autres bouquins en attente avant…

    En tout cas, je trouve ton article fluide, bien construit, et très agréable.

    • Tout à fait d’accord, je suis avant tout une grande fan de ses romans autobiographiques, sans doute car c’est d’abord par eux que j’ai commencé mon initiation ! Dans ses fictions, on trouve effectivement du bon et du moins bon, de l’excellent en passant par le passable. Je te conseille tout de même de le lire quand il sortira en poche en effet, cela reste vraiment une lecture agréable 🙂

    • Merci Kaeru, ravie que ma critique t’ai plu 🙂 Ca fait plaisir ! Je te conseille tout de même de le lire (maintenant ou plus tard, comme le coeur t’en dit ;)) car malgré mon article qui peut sembler particulièrement critique, cela reste du bon Nothomb. J’ai le syndrôme de la lectrice exigeante, voilà tout, mais à chacun son avis ! N’hésite pas à repasser me donner ton avis par ici, même dans plusieurs mois, j’en serai ravie.

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