Critique : J’ai lu… Le dernier jour de ma vie, de Lauren Oliver

 

Hello mes petits bibliophiles ! 

 

* Ce qui suit pourrait dévoiler des morceaux de l’intrigue
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Iy aurait beaucoup à dire sur la qualité (plus que discutable) de la littérature dîtes young adults. Les maisons d’édition (qui ont flairé le bon filon en s’attaquant à l’argent de poche des ados) ne cessent de produire des séries de bouquins en espérant détenir le prochain Twilight ou (encore mieux !), le nouveau Hunger Games. Résultat, des tonnes et des tonnes de tomes qui sortent à des années d’écart mais que les lecteurs attendent fiévreusement. Les histoires, elles, sont souvent basées sur le même storytelling bien rôdé : des ados au cœur de l’action, des événements plus au moins paranormaux ou des éléments fantastiques qui surgissent à l’horizon, le tout supplanté évidemment par une histoire d’amour dévastatrice. Bilan : ça marche. Les ados (mais pas seulement) sont accrocs et en redemandent. Et comme la production leur en fournit plus qu’il n’en faut, tout le monde est content.

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Intéressée par cette littérature depuis mon Mémoire de Master 1 sur le roman contemporain pour adolescents, j’ai plaisir à lire ce type de livres (ça détend) même si je reste une lectrice particulièrement difficile : pas question de me la faire à l’envers. Alors les séries à X-tomes qui ne prennent jamais fin, qui manquent de consistance et qu’on nous vend pour la modique somme de 20 euros, non merci et surtout NEXT. Dur dur dans ces conditions d’être comblée par la littérature Y-A… Certaines séries ont d’ailleurs eu raison de moi et parfois de mon goût pour la lecture (et pourtant, je ne pensais pas que c’était possible), telles que 16 lunes de Kami Garcia et Margareth Stohl ou encore Éternels de Alyson Noël : lorsque j’ai su pour cette dernière qu’un tome 6 était en préparation alors qu’il ne se passe plus rien depuis 3 tomes déjà, j’ai clairement préféré lâcher l’affaire….

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Dtemps en temps, je vous proposerai donc sur ce blog des critiques de mes lectures (pas seulement young adults, je le précise), parce que j’aime assez l’idée d’être une passeuse de conseils et « si ça peut servir » comme on dit… ! Aujourd’hui donc, je commence par Le Dernier Jour de Ma Vie. C’est marrant : Lauren Oliver fait partie de ces auteurs qu’on aime bien tout de suite ou qu’on n’aime pas du tout. Déjà, elle est adepte des romans uniques et non pas des séries ce qui (rien que ça) la place déjà en numéro 1 sur ma liste des auteurs qui ne prennent pas leurs lecteurs pour des buses. Et ils sont suffisamment rares pour être soulignés (bon, ceci dit, un tome 2 de Délirium (dont je parlerai dans un prochain billet) est finalement en préparation donc elle me fait mentir sur ce 1er point (merci Lauren pour la crédibilité !). Mais en sachant que le tome 1 s’achève sur ce qui peut ressembler à une fin et qu’elle ne laisse pas son récit en suspend, elle peut écrire toutes les suites du monde qu’elle veut. Moi ça me convient très bien). Ensuite, son style est incisif et ses sujets, toujours passionnants. Rien que pour ça, j’accepte de donner un rein à chaque fois qu’elle sort un livre (ce qui, pour le moment, n’est pas si courant. Ouf). Mais passons à la 4e de couverture.

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Le Dernier Jour de Ma Vie,
ça dit quoi ?

« Samantha Kingstone a tout pour elle : le petit copain le plus craquant du monde, trois meilleures amies géniales et une cote de popularité illimitée. Ce vendredi de février aurait donc dû être un jour parfait dans une vie parfaite. Pourtant, ce vendredi de février est le dernier pour Sam. Ou le premier ?« 

Bon, règle numéro 1 : on ne rit pas (même si c’est tentant) vu le résumé très connoté « ado en fleurs ». Et encore, merci à la maison d’édition qui ne précise pas dans la 4e de couverture que ce fameux « vendredi de février » est en fait le jour de la Saint Valentin ! (ça aurait fait un chouïa too much pour le coup, ils ont du le sentir. Enfin, j’espère). Comme on est ouvert d’esprit, on s’interroge et on va au-delà de tous ces clichés 😉

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Une chose est sûre : Samantha, sa bande et moi, on aurait pas été potes au même âge. Dans le genre « pétasse » (allons, ne mâchons pas nos mots. On en a tous eu une voire plusieurs comme ça dans nos classes au collège. Et au lycée aussi d’ailleurs), difficile de faire mieux. Samantha était plutôt au bas de l’échelle sociale avant que Lindsay, une des filles les plus populaires du lycée, ne lui tende la main. Ceci aidant, elle a décroché dans la foulée le soi-disant « petit copain le plus craquant du monde » et se permet donc, avec ses trois perruches d’amies, de mépriser le monde du haut de leur mètre 65 à tout casser. Dédaignant les gens plus vite que son ombre, Sam se fiche comme d’une guigne de Kent, son ami d’enfance épris d’elle depuis la nuit des temps, se permet de draguer ouvertement son prof de maths (sexy mais ça n’empêche), et de faire de la vie de ceux qu’elle déteste un enfer.

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Et la victime est toute trouvée. Parce que Juliet Sykes n’est pas assez bien pour leur petit clan (surtout pour Lindsay : les autres se contentent de suivre comme des moutons), voilà que les quatre diablesses s’évertuent à faire de sa vie un enfer quotidien. Au programme : crier « Alerte à la psychopathe » chaque fois qu’elle la croise ou encore lui envoyer une rose le jour de la Saint Valentin accompagnée du message : « Un jour peut-être… Mais ne rêve pas trop !« . Charmant. Mature. Classe. Bref. Le soir-même, une fête est organisée chez Kent. Même si elles le méprisent autant que Juliet, impossible de manquer une soirée picole ! Et voilà notre petite bande qui part déjà bourrée s’éclater comme jamais.

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Aprogramme : sexe pour les unes, perte de virginité programmée avec Mr. Crétin pour Sam (quoi de plus normal le jour de la Saint-Valentin ?!). Bref, que du bonheur. Sauf qu’aucune d’entre elles ne s’attendaient à ce que Juliet débarque à la soirée pour leur cracher une haine contenue durant des années à la figure… Pas perturbées par le fait de s’être faites traitées de « salopes » devant tout le monde (en même temps, elles se sont déjà vengées), la soirée s’achève et les filles reprennent la route… en étant rondes comme des queues de pelles. Et ce qui risque d’arriver dans ces cas-là arriva : l’accident de voiture les attend au tournant. Lorsque Sam se réveille dans son lit le lendemain, elle se dit d’abord que tout ceci n’était qu’un affreux cauchemar. Sauf qu’elle réalise très vite que nous sommes toujours le 14 février et que la journée de la veille est en train de se reproduire en tous points. Était-ce un rêve prémonitoire ? Est-elle morte ? Est-elle coincée entre deux mondes ? En tout cas, elle est condamnée à revivre encore et encore cette journée dans l’espoir de trouver une solution…

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Le Dernier Jour de Ma Vie
Je me lance ou pas ?

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Laissons de côté mon interprétation humoristique de l’histoire (même si c’est difficile, je vous l’accorde). Au début, j’avais vraiment peur de m’ennuyer en relisant encore et encore la même journée. Mais c’était sans compter sur l’écriture de Lauren Oliver qui a vite compris dans quels genres de pièges il ne fallait surtout pas tomber. Alors oui, on lit et on relit sans cesse la même journée mais il n’y a jamais d’effets de répétitions (ce qui somme toute est un exploit). Chaque jour amène son lot de détails supplémentaires qui nous permet de comprendre comment l’héroïne en est arrivée là. Grâce à l’écriture fluide et habile de l’auteure, tout s’imbrique comme dans un puzzle et une fois qu’on a commencé, on ne peut tout simplement plus s’arrêter !

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J‘ai particulièrement apprécié la portée de l’histoire qui est loin d’être innocente : tous nos actes ont des conséquences et ce serait folie que de l’ignorer (même si beaucoup s’en accommodent). Sam pensait que s’en prendre impunément aux autres et les mépriser la rendait puissante. En tant que cliché de l’adolescente américaine populaire de base, elle pouvait sans problème se permettre d’haïr, de dénigrer et même d‘influer sur la vie des autres. Mais qu’est-ce-que cela lui a apporté, à part la mort ? Alors, à la manière de « L’effet Papillon » (rappelez-vous : ce film haletant avec Ashton Kutcher), Sam va tenter de « tromper » la mort. Mais en modifiant ses actes, elle va vite comprendre que la finalité elle-même des événements s’en trouve également modifiée, et pas toujours pour le mieux. Pour pouvoir sauver les autres et se sauver elle-même, elle va devoir jouer le tout pour le tout…

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Le lecteur va alors suivre la lente métamorphose de cette jeune fille qui, jour après jour, comprend qu’elle a grandement fait fausse route toutes ces années-là en considérant autrui comme quantité négligeable. Et c’est (en tout cas à mes yeux), ce qui fait tout l’intérêt du livre. On se dit constamment qu’on a la vie devant nous : on pourra réaliser nos rêves demain, demander pardon à quelqu’un qu’on a blessé demain, prendre notre destin en main demain. Demain, toujours demain. Mais s’il n’y avait pas de demain ? Si aujourd’hui était déjà le dernier jour de notre vie ? Seriez-vous satisfaits que tout s’arrête comme ça ? Mourriez-vous sans regret ?

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Sam va subitement prendre conscience de tout ce qu’elle aurait dû faire, des choses qu’elle aurait dû dire pour éviter que la situation n’arrive à ce point de non retour. Elle va comprendre que tout être humain, quel qu’il soit, mérite de la considération et que personne n’est « mieux » qu’un autre. Et le lecteur, à ses côtés, va suivre ce cheminement interne, lui aussi. Elle va réaliser (mieux vaut tard que jamais) que suivre bêtement l’opinion commune n’a pas d’intérêt et qu‘être différent est un droit et même une qualité ! Petit à petit (et c’est le but), Sam va nous sembler nettement moins agaçante (et quand on voit d’où elle part, c’était franchement pas gagné), tant et si bien que l’on va se mettre à espérer, nous aussi, qu’elle trouve un moyen de survivre à tout cela. Laissant de côté le paraître qui l’étouffe, elle va enfin ouvrir les yeux sur son monde et se mettre à vivre pour de bon (cruelle ironie du sort !).

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Pour moi, ce roman est une réussite. Sans dévoiler la fin de l’intrigue, Lauren Oliver procède à des choix courageux pour son héroïne et la route vers la rédemption sera longue et semée d’embûches et de sacrifices. Elle nous rappelle finalement à quel point la vie est fragile et qu‘il ne tient qu’à nous d’en faire quelque chose qui vaille la peine qu’on s’en rappelle, avant qu’il ne soit trop tard, car la fin arrive de toute manière toujours trop tôt. Alors n’attendez pas demain pour prendre votre destin en main…

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« It’s never too late to be
who you might have been… »

George Eliot

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