Critique : Les Âmes Vagabondes ou l’anti Twilight ?

 

Hello mes petits fanas de lecture !

 

* ce qui suit pourrait dévoiler des morceaux de l’intrigue…
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A l’heure où le premier teaser des Âmes vagabondes a vu récemment le jour sur le net, j’ai eu envie d’écrire un papier sur ce roman connu surtout pour le nom de son auteure : Stephenie Meyer. Réfléchissez, ce nom doit certainement vous dire quelque chose ! Vous y êtes ? Hé bien non, vous ne rêvez pas : il s’agit bien de l’auteure de la saga à succès Twilight qui a fait couler beaucoup (beaucoup, beaucoup) d’encre. En me promenant sur la toile, j’ai lu énormément de réactions négatives concernant cet autre roman répondant au titre de The Host en anglais. Stephenie Meyer déclenche en effet de nombreux comportements hostiles, notamment de la part de personnes n’ayant jamais lu une seule de ses œuvres…

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Comme il est de bon ton chez les êtres humains de détester ce que la masse plébiscite (il paraît que c’est un signe d’intelligence de ne rien faire comme tout le monde), les réactions négatives ne sont pas difficiles à trouver en la matière. J’avoue être assez ébahie par ce mécanisme : sous prétexte que les adaptations cinématographiques de la saga sont assez médiocres et que les romans eux-mêmes sont dits « à l’eau de rose » (genre qui ne plaît pas à tout le monde il est vrai mais qui reste largement plébiscité : demandez donc aux Éditions Harlequin comment elles s’en sortent…), il est établi que tout ce qui sort de la plume de Stephenie Meyer est forcément mauvais, et encore plus si on a jamais lu un de ses ouvrages (logique quand tu nous tiens !).

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Bienvenue dans l’univers de la critique facile… !

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J‘avoue que cette façon de voir me laisse assez pantoise même si elle ne date pas d’hier : régulièrement et dans tous les domaines, tout ce qui connaît un certain succès est forcément au degré zéro de la nullité. Avant Stephenie Meyer, d’autres auteurs (français dans le cas de ma démonstration) comme Guillaume Musso, Marc Lévy ou encore Amélie Nothomb pour ne citer qu’eux ont été considérés comme médiocres car publiant (trop) régulièrement des romans dits « faciles » et n’étant nullement de la littérature. « Littérature », le mot est donc lancé. Il y aurait donc une bonne et une mauvaise littérature, une littérature dont il faudrait rougir. Ne pourrait-on tout simplement pas trouver du plaisir à lire ce que l’on veut ?  Et comment un livre lu et apprécié par des millions de personnes pourrait être bon à jeter ? Ainsi, de nombreuses personnes qui n’ont jamais ouverts une seule page de Twilight ont décidé d’emblée de boycotter l’autre roman de Stephenie Meyer et encore plus le film qui en découlera et qui devrait normalement voir le jour en avril 2013.

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Personnellement, je ne suis pas une pro-Meyer mais j’ai lu et adoré la saga Twilight. En moins de deux semaines, j’avais liquidé les quatre tomes que je ne pouvais littéralement plus lâcher et je vais voir chaque film au cinéma quelques semaines après leur sortie (pas folle, je tiens à éviter la horde !). Je reconnais volontiers que les films sont plutôt mauvais et prêtes plus à sourire qu’autre chose. Comme souvent en littérature, les adaptations cinématographiques valent rarement les œuvres dont ils sont tirés… Toutefois, plus par curiosité et par divertissement, je me rends chaque année au cinéma pour voir de quelle manière le film rendra encore peu justice au livre et pour pouvoir me forger ma propre critique (tout de même). Quant aux livres, je reconnais volontiers qu’ils sont distrayants et qu’il s’agit typiquement du genre d’histoires qu’on prend plaisir à lire après une journée de boulot. Mais quel mal y-a-t-il à cela ? C’est certain qu’y chercher une quelconque ressemblance avec Les Liaisons dangereuses de Laclos ou avec le Rouge et le Noir serait clairement du temps perdu… Passons là-dessus.

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Les Âmes vagabondes, ça dit quoi ?

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Quelques semaines après avoir achevé la saga, je tombe dans une librairie sur l’autre roman de l’auteure, Les âmes vagabondes, roman estampillé « adulte » cette fois-ci et publié chez J-C Lattès. La quatrième de couverture annonce la couleur :

« La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Mélanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l’être qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, il y a un homme qu’elle ne peut pas oublier. L’amour pourra-t-il la sauver ? »

Guère passionnée par la science-fiction, je l’achète quand même (moi et ma boulimie pour la lecture !), persuadée d’y retrouver le même genre d’histoires relativement simples qui m’avait séduites avec Twilight. Grosse erreur ! Je commence le livre en ayant beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire. Les descriptions sont innombrables et souvent ennuyeuses, la double narration me perturbe et j’ai grand mal à m’y retrouver entre les pensées de Gaby et celles de Mélanie. Lorsque, dès leur première rencontre, Jared et Mélanie s’embrassent dans les dix secondes et tombent amoureux l’un de l’autre, je soupire. Stephenie Meyer serait-elle donc incapable d’écrire un livre sans qu’il y soit question de sempiternelles histoires d’amour pas plus réalistes les unes que les autres ? Cette scène m’agace par son manque de réalisme et me fait grincer des dents. Je n’ai pas acheté cet ouvrage pour retomber dans les travers sentimentaux bien connus de l’auteure mais pour découvrir au contraire un autre aspect de son écriture. Vais-je y arriver ? Pour le moment, en un mot comme en cent : je m’ennuie et j’abandonne ma lecture (ce qui est très très rare chez moi).

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Quelques temps plus tard, lors d’une soirée, des amis (masculins, détail qui a son importance !) m’assurent qu’il est nécessaire de s’accrocher car Les Âmes vagabondes est selon eux l’un des meilleurs romans qu’ils aient jamais lu. Je suis épatée d’entendre ça et je décide de reprendre ma lecture du début, me disant qu’il vaut peut-être le coup de faire un effort. En m’accrochant, j’y découvre avec étonnement un roman futuriste assez exceptionnel sur la nature humaine. Mise en contexte. La Planète Perre (non non, ce n’est pas une faute de frappe !) a été décimée par des « envahisseurs ». Lassés de voir les humains détruire et faire le mal autour d’eux, être cupides, malhonnêtes et cruels, les âmes pacificatrices peuplant les autres planètes décident de coloniser la Perre et de faire disparaître les humains. Pour ce faire, rien de plus simple : les humains sont kidnappés et les âmes (semblables à de petits vers argentés) sont implantés dans leur système nerveux, prenant ainsi leur contrôle. La Planète devient ainsi un havre de paix où règnent l’amour, l’altruisme et le respect de l’autre et où la guerre et la violence ont été éradiquées.

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Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si les humains ne se révélaient pas si difficiles à apprivoiser. Lorsque « Vagabonde », une âme particulièrement brillante, est implantée dans le corps de Mélanie, elle ne s’attend pas à ce que cette dernière lui donne tant de fil à retordre. Sauf que Mélanie est toujours belle et bien présente et n’entend pas laisser l’intruse prendre contrôle de son corps aussi facilement. Surtout, elle espère réussir à la convaincre de partir sur les traces de Jared, son petit ami, et de Jamie, son petit frère, qu’elle espère retrouver vivants… et toujours humains, tentant de lui faire comprendre que tous les humains ne sont pas des monstres de méchanceté. S’en suit un véritable cas de conscience pour Vagabonde (renommée Gaby par la suite) qui devient fugitive en trahissant les sien : les âmes. Ne réussissant plus à faire la différence entre ses sentiments et ceux de Mélanie, elle part à la recherche des membres de sa famille, se lançant alors dans une aventure hors du commun…

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Les Âmes vagabondes : ça vaut le coup ou pas ?

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* Passer les 200 premières pages (oui je sais, c’est beaucoup), l’histoire s’accélère et nous emmène dans un imbroglio d’actions et de sentiments tel qu’on ne sait plus où donner de la tête. Au début, on ne comprend pas réellement où veut nous mener l’auteur mais c’est peut-être là la force du roman : tout est dévoilé au compte goutte et fait sens petit à petit. Et puis, le roman est long : 610 pages au total. 200 pages pour poser le décor et apprivoiser les personnages, cela reste donc raisonnable. Si toutefois vous aimez entrer immédiatement dans le vif du sujet, passez votre chemin… J’émettrai également un bémol concernant les titres donnés aux chapitres qui orientent de façon agaçante la lecture et dévoilent des morceaux de l’intrigue, tout particulièrement à la fin où le suspense est pourtant censé être de mise…

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* Les personnages sont quant à eux nombreux et passionnants. Ce qui fait leur force est qu’ils ne sont pas lisses mais profonds au contraire : la plupart se font violents contre l’envahisseur que représente Vagabonde et ne la considèrent nullement comme une personne (de fait, elle n’en est pas vraiment une). Ces personnages sont touchants car dépossédés de tout ce qui faisait leur monde. Ils deviennent donc cruels et donnent raison aux âmes qui voient en eux des sauvages de première catégorie. Cette fragilité et ces faiblesses les rendent terriblement… humains. Seul le personnage de Mélanie m’a laissé de glace : tout comme Bella dans Twilight, elle semble plutôt banale mais là où chacun pouvait se transposer en Bella, Mélanie laisse plutôt de marbre. Pas évident d’avoir une intruse dans le corps (jusque-là, on la comprend), mais quand on voit tout ce que Gaby fait pour elle, l’égoïsme de Mélanie n’est pas vraiment le bienvenu même si elle s’améliore à la fin du roman…

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Saoirse Ronan dans le rôle de Mélanie Stryder / Vagabonde
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*  J‘ai été agréablement surprise par le fait que les histoires d’amour (car il y en a plusieurs : une sorte de « carré amoureux ») ne prennent jamais le pas sur l’action. C’était ma plus grosse crainte après avoir lu Twilight et devant la lecture de la 4e de couverture qui mettait encore en avant un « amour salvateur ». De mon point de vue, si l’amour est présent tout au long du roman, il ne passe jamais au premier plan. J’ai été passionnée par l’organisation de cette dernière société secrète composée d’humains et de leur bataille quotidienne pour s’en sortir et ne pas se faire attraper par « l’ennemi ». En tant que lecteur, on se retrouve en position de « survie » et on tremble à leurs côtés à l’idée qu’ils puissent leur arriver quelque chose. En ce sens, l’écriture de Stephenie Meyer est pour le moins efficace et a grandement gagné en maturité. Grosse surprise donc.

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Max Irons incarnera Jared
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*  La fin est-elle à la hauteur ? En un sens oui car ce qui m’a particulièrement séduit dans ce livre est l’idée d’un roman unique (je commence à me lasser des sagas sans fin telle que Éternels ou encore 16 lunes où l’intrigue s’essouffle rapidement…). La fin est donc franche et je ne pense pas qu’une suite soit envisagée. Toutefois, Stephenie Meyer reste fidèle à ses habitudes en choisissant une fin « facile » et qui plaira au plus grand nombre : pas de prise de risques, pas de réels dangers pour ses personnages et donc pas de sacrifices… (ce qui m’avait profondément agacé à la lecture de Twilight, dont la fin choisie est particulièrement catastrophique selon moi). Plaisant donc, mais un peu dommage tout de même.

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* Enfin, si vous aimez les histoires catastrophes sous couvert de fin du monde (La Guerre des Mondes ou encore « Avatar » bonjour !), ce livre où les humains sont obligés de vivre terrer pour survivre à la menace devrait vous plaire (voire même vous captiver). Qu’on ne s’y trompe pas, les réflexes bien-pensants de Stephenie Meyer sont toujours de la partie, en moins mièvres cependant : Vagabonde est bonne, altruiste et sans défaut. Peu importent les épreuves que les humains prennent plaisir à lui infliger, elle reste imperturbable, généreuse et compatissante. En deux mots : une vraie « sainte ». Dieu merci (sans jeu de mots !), les autres personnages viennent contrebalancer cette overdose de bons sentiments qui n’empêchent toutefois pas Gaby d’être attachante.

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Finalement, j’ai infiniment aimé le côté humain donné au roman qui dit beaucoup de notre place dans le monde et qui n’est pas sans rappelé ce que nous avons pu infliger à certains peuples dans le passé et le comportement que nous pouvons avoir encore aujourd’hui face à la différence, à l’étrangeté, à tout ce qui ne nous ressemble pas en résumé. Le message envoyé semble assez simple : avant de laisser parler ces préjugés et de se faire une opinion sur des on-dit, pourquoi ne pas apprendre à connaître l’autre pour ce qu’il est plutôt que de le mettre dans des cases ? Voilà qui invite définitivement à la réflexion et qui nous rappelle que nous sommes humains pour le meilleur mais aussi pour le pire et qu’il ne tient qu’à nous d’adopter la conduite qui nous caractérisera en tant que personne.

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Difficile donc de quitter ce livre où s’affrontent en permanence deux visions du monde et deux esprits indépendants coincés dans le même corps. En résumé, je ne regrette pas de m’être accrochée car ce livre est définitivement une découverte. Je ne me risquerai pas à le conseiller à des passionnés de science-fiction (je ne m’y connais que trop peu !) qui pourrait le trouver trop insipide par rapport à leurs lectures habituelles mais ceux qui ont « la critique facile » comme je l’exprimais plus haut devraient réellement le lire, au moins pour critiquer d’une manière constructive et pouvoir émettre des avis personnels fondés. On ne peut sortir que grandi de ce genre d’expériences ! 

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