JeSuisBonne.fr : ou pourquoi le sexe fera toujours parler (et vendre)

Aujourd’hui dans la catégorie « Billet d’humeur / Fallait pas m’énerver », nous allons nous intéresser au sexe comme vecteur de communication et comment ce dernier peut (dans une grande majorité des cas), nous permettre d’atteindre un objectif déterminé d’avance. Depuis ce matin, le site « JeSuisBonne.fr » met le web en émoi. « Dernier né des sites pornographiques ? » me demanderez-vous sans doute. Hé bien non, juste « minute buzz » dans la catégorie « je vendrais bien mon âme voire un peu plus pour : faire parler de moi / me faire remarquer / obtenir un entretien d’embauche » (rayez la mention inutile SVP). Deux étudiants d’une école du web ont en effet décidé de créer un site « audacieux » où ils proposent purement et simplement leurs services… professionnellement parlant, cela s’entend.

Faire le buzz pour se faire connaître, l’idée n’est pas nouvelle. Avant eux, de nombreux jeunes étudiants ont usé de stratégies plus ou moins recherchées (dont certaines toutefois carrément brillantes) afin que le recruteur vienne à eux et non l’inverse. Pour ma part, j’aimais particulièrement l’idée d’Augustin Duval qui a transformé son CV en profil Facebook. Ingénieux !

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Aujourd’hui, ces deux jeunes en question dépassent les bornes des limites en proposant ni plus ni moins… de se dénuder. Dès la première page du site, le recruteur potentiel est invité à choisir entre « la jeune femme, jolie et tout » ou « l’homme, le vrai ». Au risque de passer pour une coincée de premier niveau (tant pis, je prends le risque), depuis quand des critères physiques sont censés entrer en ligne de compte dans une embauche, et ce dès le CV ? Je vous rassure, je ne vis pas au Pays de Candy et évidemment, je sais que le physique rentre (malheureusement) TOUJOURS en ligne de compte. Mais de là à l’étaler ainsi, à le donner en pâture ?

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Une fois que le choix est fait (entre la nana sexy et le mâle dans toute sa puissance au cas où vous n’auriez pas suivi), ne reste plus qu’à les déshabiller. En jouant avec les boutons du corsage de l’une et la braguette de l’autre, ils se dévêtissent petit à petit jusqu’à ce qu’apparaissent… leurs compétences (accompagnées d’un bout de soutien-gorge et de boxer). Sauf que, ce qui me gène un peu (bon d’accord, beaucoup), c’est que ces qualités professionnelles, censées être normalement primordiales et mises en avant, apparaissent ici en tout petit, perdues entre les accroches voulues tape-à-l’oeil et provoc’ : « Je suis bonne. Prenez-moi » et « J’ai un gros paquet… Insérez-moi »(pas équivoque du tout même si, on l’a compris, le but est justement de marquer les esprits en se la jouant un chouïa vulgaire).

je_suis_bonne

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On est d’accord, les deux jeunes en question ont parfaitement réussi leur coup de com’ dans le sens où ils répondent exactement aux critères attendus par les recruteurs d’aujourd’hui, particulièrement dans le domaine du développement Web où les profils atypiques sont très appréciés : culot, inventivité, audace, et dans une moindre mesure, humour (et encore, ça se discute), tout ceci passant finalement bien avant leurs compétences réelles. Là où personnellement je rigole moins, c’est lorsque la jeune fille explique en interview à Rue89 : « On n’en avait pas besoin : dans le Web, on n’a aucun souci pour trouver un stage. C’était plus pour faire parler de nous, créer du buzz. » Il faut croire que six mois intensifs de recherches d’emploi ont peut-être eu raison de mon second degré pourtant bien connu de tous car après avoir lutté comme une lionne pour trouver chacun de mes stages (comme tant d’autres étudiants en France…) et mener, aujourd’hui encore, un vrai combat de Gladiateurs pour décrocher un premier emploi, leur « concept » ne me fait pas franchement rire (et quitte à faire parler d’eux, pourquoi ne pas mettre ce buzz au service d’une cause ou d’un vrai problème de société ?).  

Croyez-moi sur parole, je ne suis pas facile à choquer mais pourtant, quelque chose me gêne dans cette campagne qui se veut pourtant drôle. Je ne trouve pas particulièrement marrant ni inventif de se dénuder pour se faire remarquer et parvenir à ses fins (bien que je le précise, les photos des deux jeunes gens ne sont pas choquantes pour deux sous puisque tout est suggéré, tout au plus. Donc pas de pudeur dans ma remarque.). Mais là où tout n’est que voyeurisme aujourd’hui, où les corps attirent toujours plus et où le sexe fait vendre, le véritable exploit ne serait-il pas de se faire remarquer autrement ? La solution, pour trouver du travail, est-elle de créer un site web où une photo d’une jeune fille en maillot de bain sur une plage de sable fin accueillerait les recruteurs, accompagnée de la légende : « Prenez-moi sur le sable. Je lécherai du jus de noix de coco tout en écrivant des articles à se déshabiller. » (le trait est volontairement grossi. Quoique). Comme quoi il semble vraiment difficile aujourd’hui de se faire remarquer sur ses seules compétences, sans tomber dans une foire au plus obscène, au (mauvais) racolage et à la vulgarité. Triste constat… Quoi qu’il en soit, on peut tout de même « applaudir » ce buzz réussi mais peu original (montrer des corps marche toujours, et ce depuis que l’Homme est Homme…) : ils voulaient faire parler d’eux et c’est chose faîte puisqu’ils disent avoir reçu plus d’une centaine d’offres en trois jours.

Pour finir, on retiendra également le « JeSuisBonne » qui a été choisi comme nom de domaine à leur site (ces petits sont décidément très doués en analyse web et en référencement, c’est indéniable), à la place du « JaiUnGrosPaquet ». Hé oui, ce n’est pas nouveau, au-delà du sexe, la femme fait toujours vendre et encore plus si elle est « bonne » (CQFD). Chacun son humour évidemment et je n’agresserai nullement ceux qui apprécieraient ce buzz mais quelle tristesse d’espérer débuter sa carrière sur des stéréotypes vieux comme le monde dont on ne sait déjà pas comment se débarrasser. Moi qui me demandait en plaisantant il y a quelques jours avec qui il fallait coucher dans ce pays pour obtenir un emploi, je ne m’attendais pas à obtenir une réponse aussi rapidement… (« prostitution bonjour ! »).

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