A la mémoire de Trayvon Martin

 

En lisant un article sur le site de 20minutes.fr, j’apprends avec stupeur qu’un adolescent de 17 ans, Trayvon Martin, a été froidement abattu aux États-Unis le mois dernier (je me demande d’ailleurs pourquoi l’information a mis autant de temps à nous parvenir…). Son meurtrier, George Zimmerman, plaide la légitime défense. Ce qui s’est réellement passé ce soir-là, dans cette rue et entre ces deux personnes, peut-être qu’on ne le saura jamais. Mais ce qui est évident, c’est que la jeune victime elle, n’était pas armée et n’avait aucun casier judiciaire.

 

Le tueur potentiel, assurait des rondes dans le quartier (de son propre chef, sans que personne ne le lui ait demandé) après plusieurs cambriolages survenus récemment dans le voisinage. Il dit avoir aperçu Trayvon et a appelé la police, assurant que le jeune homme avait un « comportement suspect ». Et alors que l’officier avait demandé expressément à l’homme de ne surtout pas agir et de rester à l’écart puisqu’une patrouille allait être envoyée sur place, l’homme a tué Trayvon de sang froid, d’une balle dans l’abdomen. Celui-ci est mort quelques minutes plus tard alors qu’il revenait de l’épicerie un sachet de bonbons à la main.

 

Mais pourquoi un tel geste, si froid et si inhumain ? Tout simplement car Trayvon était noir et qu’il avait en plus l’audace de porter ce soir-là un sweet-shirt à capuche qui dissimulait un peu son visage. Ce sont ces deux détails qui ne devraient plus avoir aucune importance dans notre monde et à notre époque qui ont signé l’arrêt de mort du jeune homme. A l’arrivée des secours, Zimmerman saignait du nez et a affirmé avoir été attaqué par Trayvon et s’être simplement défendu. Sauf que sur l’enregistrement de l’appel de l’homme au 911, on l’entend clairement proférer des injures raciales au sujet de « ces saloperies de nègres » qui « parviendraient toujours à échapper au système« . Des propos qui n’ont pas alerté outre mesure les policiers, en tout cas pas dans un premier temps… Des voisins affirment quant à eux avoir entendus une voix juvénile crier à l’aide avant de percevoir nettement un coup de feu. Un seul. Puis le silence, pour toujours cette fois-ci…

 

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Photo REUTERS – Trayvon Martin

 

Même si je sais que George Zimmerman est présumé innocent tant qu’il n’a pas été jugé, je ne peux pas m’empêcher de penser à Trayvon qui est sûrement mort pour rien, à cause d’un type qui a voulu jouer au cow-boy dans un état (la Floride) où le port d’armes est de toute façon autorisé et qui a sans aucun doute été aveuglé par sa haine de l’autre et sa peur de la différence. J’ai des frissons en pensant à ce jeune homme et à l’avenir qu’il n’aura jamais car on lui a brutalement retiré. Je me demande quels étaient ses rêves et ses espoirs. S’il a eu le temps d’aimer de toute son âme durant sa courte vie et de faire des erreurs. Car il est primordial de faire des erreurs pour grandir et qu’il n’aura plus jamais cette chance… J’ai mal au ventre en pensant à cette vie arrachée, brisée. Juste comme ça. En un claquement de doigts. Pour rien. Juste parce qu’il s’est trouvé dans cette rue, au mauvais endroit et au mauvais moment.

 

Plus le temps passe et plus je vomis cette société basée sur les stéréotypes et sur les apparences, où un jeune noir marchant dans la rue avec une capuche sur la tête est forcément un cambrioleur, un voleur en puissance, de la même manière qu’une jeune femme portant une jupe un peu courte ne doit pas venir s’étonner si elle est victime d’un viol car elle l’aura forcément « cherché » en portant une telle tenue. Est-ce-que c’est ce que pense George Zimmerman ? Que Trayvon l’a bien cherché car il a eu le bon goût de naître noir ? A-t-il le sentiment d’avoir libéré la société d’un danger potentiel ? Pense-t-il réellement que toutes les vies humaines ne se valent pas et que certaines ne valent rien, qu’il vaut mieux en débarrasser le monde ?

 

Je déteste l’idée que des Hommes profondément racistes puissent décider de faire « justice » eux-mêmes, se décidant garant de la vie ou de la mort de leurs prochains. Je déteste l’idée que sur un autre continent, à quelques semaines d’écart, un fanatique ait pu également ôter la vie de sept personnes innocentes (parmi lesquelles des enfants) comme ça, en un souffle, car celles-ci n’étaient pas de la même confession que la sienne (entre autres détails tous plus aberrants les uns que les autres). Je vomis la bêtise humaine et cette société qui sombre chaque jour un peu plus dans la folie et dont je ne suis pas toujours fière de faire partie… Et j’ai parfois peur, terriblement peur de l’avenir et des mentalités que nous laissons en héritage aux générations actuelles et futures.

 

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Je pense que le moment est venu de vous dire ce que j’ai appris, d’en tirer une conclusion, non ? Et bien ma conclusion c’est que la haine est une saloperie. La vie est trop courte pour passer son temps à avoir la haine. Ça n’en vaut pas la peine. Derek dit toujours que c’est bien de terminer un devoir par une citation. Il dit que quelqu’ un a déjà dû en faire une bonne et que si on ne peut pas faire mieux, autant la lui emprunter carrément ! J’ai choisi celle-là et j’espère qu’ elle vous plaira : « Nous ne sommes pas ennemis, mais amis ! Nous ne devons pas être ennemis. Même si la passion nous déchire, elle ne doit pas briser l’affection qui nous lie. Les cordes sensibles de la mémoire vibreront dès qu’ on les touchera, elles raisonneront au contact de ce qu’ il y a de meilleur en nous… » Danny Vinyard (American History X)

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